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Le point sur les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles

20 août 2008 par Frank Arnould

La psychologue Elke Geraerts résume, dans un article paru dans la revue « Legal and Criminological Psychology », les recherches qu’elle a conduites avec différents collaborateurs sur les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles.

Depuis 2004, la psychologue Elke Gearerts a publié les résultats de nombreuses recherches concernant les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles, domaine ayant provoqué de violentes controverses. Elle en fait une synthèse dans un article paru dans Legal and Criminological Psychology avec Linsey Raymaekers et Harald Merckelbach.

Rappelons brièvement le contexte du débat. Certains cliniciens et chercheurs prétendent que les personnes se protègent d’évènements traumatiques, comme ceux d’agressions sexuelles infantiles, en les expulsant de leur conscience. Ces souvenirs continueraient néanmoins à se manifester insidieusement dans leur vie affective et leurs comportements. Des techniques psychothérapeutiques adéquates permettraient de retrouver ces souvenirs douloureux.

D’autres professionnels contestent ce point de vue. Sans nier forcément la difficulté que peuvent présenter certaines personnes à se remémorer des évènements d’agressions sexuelles précoces, ils estiment que les techniques thérapeutiques utilisées pour les ramener à la surface sont trop suggestives. Autrement dit, elles risquent de créer des souvenirs d’évènements qui n’ont, en fait, jamais eu lieu. En France, la Mission interministérielle de Vigilance et de Luttes contre les Dérives Sectaires (Miviludes) a récemment mis en garde la population contre ces techniques [1]. L’utilisation de ces méthodes n’est d’ailleurs pas l’exclusivité de pratiques sectaires.

La polémique qui s’est déclenchée entre ces deux positions durant les années 1990 a été particulièrement vive. Le débat est aujourd’hui plus serein grâce, en grande partie, aux données de la recherche scientifique. Les différentes équipes dirigées par Elke Geraerts ont ainsi obtenu des résultats remarquables. L’une des découvertes les plus frappantes a conduit ces chercheurs à distinguer deux formes de souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles. Certaines personnes les ont ainsi récupérés graduellement et lentement, généralement au cours d’une thérapie suggestive (hypnose, imagerie guidée, interprétation des rêves...). Elles attribuent généralement leurs difficultés quotidiennes à ces épisodes oubliés de leur existence. D’autres personnes les ont retrouvées spontanément, par inadvertance, par exemple après une discussion avec des amis concernant les sévices sexuels. Elles sont généralement très surprises et choquées par les évènements émergeant brusquement de leur passé.

Elke Geraerts et différents collaborateurs constatent que ces deux formes de récupération de souvenirs s’accompagnent de deux profils cognitifs différents. Les personnes les récupérant graduellement ont une tendance accrue à former de faux souvenirs et une plus grande difficulté à se remémorer l’origine de leurs réminiscences (« Ai-je vécu cet évènement ou bien l’ai-je imaginé ? Quelqu’un me l’a-t-il suggéré ? »). Celles les retrouvant spontanément sont plus enclines à oublier qu’elles s’étaient souvenues antérieurement des agressions.

L’une des études dirigées par Elke Geraerts indique que les souvenirs d’agressions sexuelles retrouvés spontanément, en dehors de toute thérapie, sont corroborés par des faits externes aussi souvent que les souvenirs constants qu’en ont d’autres personnes. En revanche, les souvenirs retrouvés graduellement pendant une thérapie ne sont jamais corroborés. Bien sûr, l’absence de corroboration n’implique pas que les évènements rappelés sont forcément inexacts. Néanmoins, il est fort probable que les souvenirs spontanés soient plus souvent authentiques que les souvenirs retrouvés graduellement au cours de thérapies suggestives.

Quelles sont les conséquences légales de ces travaux ? Les auteurs de l’article estiment en particulier qu’il serait dorénavant judicieux d’informer les policiers, les jurés et la cour sur le contexte dans lequel les souvenirs ont été récupérés.

Référence :

Geraerts, E., Raymaekers, L., & Merckelbach, H. (2008). Recovered memories of childhood sexual abuse : Current findings and their legal implications. Legal and Criminological Psychology, 13(2), 165-176.

Mots clés :

Souvenirs retrouvés - Abus sexuels infantiles - Agressions sexuelles infantiles - Faux souvenirs induits - Psychothérapie - Suggestibilité - Cognition - Mémoire - Amnésie - Suppression de pensée - Adultes

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Sur le Web :

Liste des publications de Elke Geraerts. Certaines d’entre elles sont en accès libre.


[1] Miviludes -rapport 2007