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Les adultes intellectuellement déficients produisent-ils des portraits-robots ressemblants ?

19 octobre 2012 par Frank Arnould

Une étude suggère la prudence quant à l’utilisation de portraits-robots construits par des adultes présentant une déficience intellectuelle légère.

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Le ruban vert, symbole utilisé pour la sensibilisation autour du retard mental.

Une équipe de chercheurs britannique a étudié, semble-t-il pour la première fois, l’aptitude d’adultes présentant une déficience intellectuelle légère (DIL) à construire des portraits robots ressemblants de visages inconnus (Gawrylowicz, Gabbert, Carson, Lindsay, & Hancock, 2012).

L’expérience s’est déroulée en plusieurs étapes. Cent-vingt personnes avec DIL (quotients intellectuels compris entre 51 et 70) et 60 adules contrôle, sans trouble, ont visualisé pendant une minute un visage inconnu (tiré au hasard parmi un ensemble de cinq visages). Trois heures plus tard, tous les participants ont été invités à réaliser le portrait-robot du visage étudié. Certains sujets ont pu le construire en s’aidant de la photographe du visage, alors que les autres ont dû le réaliser entièrement de mémoire.

De plus, les portraits-robots ont été réalisés à l’aide du logiciel E-FIT ou du logiciel EvoFIT. Avec E-FIT, un entretien cognitif a d’abord permis de recueillir auprès des participants la description des traits faciaux du visage étudié. Les descripteurs obtenus ont ensuite été saisis dans le logiciel et, à l’aide d’un algorithme reposant sur la logique floue, un portrait-robot a été élaboré. Avec EvoFIT, les portraits-robots ont été obtenus en croisant plusieurs fois, à l’aide d’un algorithme génétique, des visages sélectionnés par les participants. Le logiciel E-FIT fait appel à une analyse trait par trait des visages, alors que le logiciel EvoFIT mise sur une approche globale des visages.

La qualité des portraits-robots obtenus a été analysée de la manière suivante. Un nouveau groupe d’adultes a eu pour mission de retrouver, dans des séries de photographies de 10 visages chacune, ceux représentés dans les différents portraits-robots.

Globalement, ces personnes ont mieux retrouvé les visages d’origine quand les portraits-robots avaient été construits par les adultes du groupe contrôle que par les adultes avec DIL. Ces derniers ont produits des portraits-robots relativement plus ressemblants avec EvoFIT qu’avec E-FIT, alors que l’inverse s’est produit pour les volontaires du groupe contrôle. Cependant, dans tous les cas, les taux d’appariements corrects entre visages et portraits-robots ont été faibles.

Aussi bien chez les adultes du groupe contrôle que chez les adultes avec DIL, la qualité des portraits-robots s’est dégradée quand ils ont été construits uniquement de mémoire.

Les chercheurs ont conclu leur étude en incitant à la prudence quant à l’utilisation de portraits-robots produits par des adultes avec DIL. Toutefois, ils ont noté que ce groupe d’adultes était hétérogène et qu’il existait une variabilité importante dans la qualité des portraits-robots produits.

Référence :

Gawrylowicz, J., Gabbert, F., Carson, D., Lindsay, W. R., & Hancock, P. J. B. (2012). Holistic versus featural facial composite systems for people with mild intellectual disabilities. Applied Cognitive Psychology, 26(5), 716–720. doi:10.1002/acp.2850

Mots clés :

Portrait-robot – Déficience intellectuelle légère – E-FIT – EvoFIT – Mémoire – Cognition – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Portraits-robots

Crédit image :

Wikimedia Commons