Les aveux filmés : la caméra est-elle coupable ?

16 avril 2007 par Frank Arnould

L’actualité judiciaire nous rappelle régulièrement que des suspects sont inculpés, voire condamnés, à la suite de faux aveux. Est-ce que l’enregistrement vidéo des auditions permettrait d’éviter ces histoires dramatiques ? Intuitivement, l’idée paraît évidente et séduisante. Néanmoins, plusieurs travaux expérimentaux récents montrent que les aveux filmés sont jugés plus spontanés lorsque la caméra est focalisée sur le suspect (comparativement, par exemple, où celle-ci filme aussi bien le suspect que l’enquêteur). C’est l’effet de perspective de la caméra.

Ce biais dans la perception de la spontanéité des aveux filmés est observé chez les personnes remplissant les conditions nécessaires pour être désignées comme jurés aux Etats-Unis. Celles-ci n’ont pas d’expérience professionnelle particulière dans les domaines policiers ou judiciaires.

Une équipe de chercheurs américains (Lassiter, Seidman Diamond, Schmidt et Elek, 2007) vient de montrer que l’expertise des juges et des policiers ne les protège pas contre l’effet de perspective de la caméra. Ils considèrent également comme plus spontanés les aveux filmés lorsque la caméra est focalisée sur le suspect, comparativement à deux autres conditions où celle-ci est centrée sur l’enquêteur ou filme de manière égale suspect et enquêteur.

L’intuition n’est-elle donc pas bonne conseillère ? En tout cas, il est certain pour les auteurs de l’étude que la façon dont les interrogatoires de police sont filmés doit continuer à faire l’objet d’investigations supplémentaires.

Référence :

Lassiter, G. D., Seidman Diamond, S., Schmidt, H. C., & Elek, J. K. (2007). Evaluating videotaped confessions. Expertise provides no defense against the camera-perspective effect. Psychological Science, 18, 224-226.

Mots-clés :

Interrogatoire de police, Suspect, Aveux, Spontanéité, Enregistrement vidéo, Perspective de la caméra

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