Les bonnes histoires ne font pas les meilleurs témoignages

14 février 2008 par Frank Arnould

Selon les résultats d’une équipe de chercheurs américains, la qualité narrative des témoignages des jeunes enfants n’est pas forcément un bon indicateur de leur exactitude.

Sur quels critères peut-on juger la crédibilité du témoignage d’un jeune enfant ? On peut penser, intuitivement, que les récits les plus longs et les plus détaillés sont aussi les plus exacts. Pour Sarah Kufkosky, Qi Wang et Stephen Ceci, de l’Université Cornell à Ithaca aux Etats-Unis, cette croyance est loin d’être correcte (Kuftosky, Wang et Ceci, 2008). L’équipe de chercheurs a étudié, en particulier, la contribution propre et indépendante de trois indicateurs de la qualité narrative des souvenirs sur leur niveau d’exactitude. Ces souvenirs ont été recueillis chez des enfants âgés de 3 à 5 ans, en réponse à des questions ouvertes. Les résultats indiquent que les énoncés volumineux sont les moins précis. A l’inverse, lorsque la cohésion narrative des propos croît, les souvenirs sont plus exacts. La complexité des énoncés n’est pas significativement associée à la précision des souvenirs.

Un peu de méthode

Dans l’étude de Kufkosky et al. (2008), des enfants de 3 à 5 ans sont interrogés à propos d’une séance de jeu qui a eu lieu une semaine ou un mois auparavant. Les trois indicateurs de la qualité narrative des récits spontanés en réponse aux questions ouvertes sont (p. 27) :

Le volume. Il mesure la longueur des énoncés de l’enfant. Il correspond au nombre de mots prononcés dans les propos spontanés ;

La complexité narrative. Elle représente le degré de complexité et de détails des propos. Elle est calculée par le nombre de mots exprimés dans les propositions spontanées divisé par le nombre total de propositions spontanées ;

La cohésion narrative. Elle représente la cohésion temporelle et des détails par l’utilisation de marqueurs temporels simples (exemples : d’abord, ensuite, alors, avant, après), de marqueurs temporels complexes indiquant des états conditionnels (exemples : quand, si/alors, jusqu’à), de relations causales (exemples : parce que, ainsi, afin de), d’états optionnels (quelquefois, habituellement, toujours, probablement) et de mots donnant une structure descriptive (descriptive texture) à la narration (adjectifs, adverbes, termes modificatifs).

Référence :

Kulkosky, S., Wang, Q., & Ceci, S.J. (2008). Do better stories make better memories ? Narrative quality and memory accuracy in preschool children. Applied Cognitive Psychology, 22, 21-38.

Mots-clés :

Témoignage, Qualité narrative, Mémoire, Précision des souvenirs, Enfants d’âge préscolaire

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