Les connaissances sur le témoignage : enquête aux Etats-Unis

16 mars 2006 par Frank Arnould

Benton, Ross, Bradshaw, Thomas & Bradshaw (2006) ont évalué les connaissances de cent onze jurés, cinquante deux juges et quarante deux professionnels chargés de l’application de la loi (comme des policiers) aux Etats-Unis sur les variables qui influencent le témoignage, en leur demandant de compléter un questionnaire (voir ci-dessous) de trente items. Leurs réponses ont été comparées à celles d’experts du témoignage qui ont répondu antérieurement à la même enquête (Kassin, Tubb, Hosch & Memon, 2001).

De manière générale, les connaissances des participants diffèrent de celles des experts. Plus particulièrement, ce sont les connaissances des jurés qui divergent le plus (87% des cas), celles des juges et des professionnels chargés de l’application de la loi divergeant dans 60% des cas. A partir des items pour lesquels il existe un consensus parmi les experts, les auteurs ont pu mesurer la précision des réponses des participants. Le groupe des jurés se montrent moins précis que les deux autres groupes. Pour l’ensemble des sujets, les réponses sont plus précises pour les items portant sur les variables du système que pour les items portant sur les variables d’estimation.

Questionnaire sur le témoignage oculaire de Benton et al. (2006) (notre traduction)

Pour chaque item, le sujet doit indiquer si l’énoncé est « généralement vrai », « généralement faux » ou « je ne sais pas ».

1. Des niveaux élevés de stress détériorent la précision du témoignage oculaire.

2. La présence d’une arme détériore l’aptitude d’un témoin oculaire à identifier précisément le visage de l’auteur du délit.

3. La présentation d’une seule personne au lieu d’un tapissage complet augmente le risque d’erreur d’identification.

4. Plus il y a de personnes dans un tapissage qui ressemblent au suspect, plus forte est la probabilité que l’identification du suspect soit précise.

5. Les instructions données par la police peuvent influencer la volonté d’un témoin oculaire de faire une identification.

6. Moins le témoin oculaire a de temps pour observer un événement, moins bien il s’en souviendra.

7. Le taux de perte du souvenir d’un événement est plus grand juste après l’événement et se stabilise ensuite.

8. La confiance d’un témoin n’est pas un bon prédicteur de la précision de son identification.

9. Les témoignages oculaires d’un événement souvent ne reflètent pas seulement ce que les témoins ont réellement vu mais aussi des informations obtenues plus tard.

10. Les jugements de couleur effectués sous une lumière monochromatique (par exemple, l’éclairage orangé d’une rue) manquent fortement de fiabilité.

11. Le témoignage oculaire d’un événement peut être affecté par la façon dont les questions ont été formulées au témoin.

12. Des témoins oculaires peuvent quelquefois identifier comme coupable une personne qu’ils ont vue dans une autre situation ou un autre contexte.

13. Des officiers de police ou d’autres observateurs entraînés ne sont pas plus précis comme témoin qu’une personne moyenne.

14. L’hypnose augmente la précision du souvenir d’un témoin oculaire.

15. L’hypnose augmente la suggestibilité à des questions dirigées ou trompeuses.

16. La perception et la mémoire d’un témoin oculaire d’un événement peuvent être affectées par leurs attitudes et leurs attentes.

17. Les témoins oculaires ont plus de difficultés à se souvenir d’événements violents que d’événements non violents.

18. Les témoins oculaires sont plus précis lorsqu’ils identifient des membres de leur propre ethnie que des membres d’autres ethnies.

19. La confiance d’un témoin oculaire peut être influencée par des facteurs qui ne sont pas liés à la précision de l’identification.

20. Une intoxication à l’alcool détériore l’aptitude ultérieure d’un témoin oculaire à se rappeler les personnes et les événements.

21. L’exposition à des photos du suspect augmente la probabilité que le témoin choisira ensuite ce suspect dans un tapissage.

22. Des expériences traumatiques peuvent être refoulées pendant des années et être ensuite retrouvées.

23. Les souvenirs d’enfance que des gens retrouvent sont souvent faux ou déformés d’une façon ou d’une autre.

24. Il est possible de différencier de manière fiable les souvenirs vrais des souvenirs faux.

25. Les jeunes enfants sont des témoins moins précis que les adultes.

26. Les jeunes enfants sont plus vulnérables que les adultes à une suggestion de l’interrogateur, à des pressions de pairs et à d’autres influences sociales.

27. Plus il y a de membres dans un tapissage qui ressemblent à la description du coupable faite par le témoin, plus il est probable que l’identification du suspect est précise.

28. Les témoins ont une plus grande probabilité d’identifier quelqu’un par erreur en utilisant un jugement relatif au cours d’un tapissage simultané (par opposition avec un tapissage séquentiel). Dans un tapissage simultané tous les membres sont présentés en même temps et, il est demandé au témoin si le coupable/suspect est présent. Dans un tapissage séquentiel, les membres sont présentés un par un et il est demandé au témoin si la personne est le coupable/suspect.

29. Les personnes âgées sont des témoins moins précis que les adultes plus jeunes.

30. Dans un tapissage, plus une identification par un témoin est rapide, plus il est probable qu’elle soit précise.

Ce questionnaire a été élaboré à l’origine pour évaluer les connaissances d’experts du témoignage (Kassin et al., 2001) et certaines questions sont assez techniques (la question 28, par exemple). Les auteurs reconnaissent qu’une mauvaise compréhension des questions par les participants est toujours possible.

Références :

Benton, T.P., Ross, D.F., Bradshaw, E., Thomas, W.N., & Bradshaw, G.S. (2006). Eyewitness memory is still not common sense : Comparing jurors, judges and law enforcement to eyewitness experts. Applied Cognitive Psychology, 20, 115-129.

Kassin, S.M., Tubb, V.A., Hosh, H.M., & Memon, A. (2001). On the “general acceptance” of psychological research on eyewitness memory : A new survey of the experts. American Psychologist, 44, 1089-1098.