Les efforts du mensonge dans le cerveau

11 janvier 2013 par Frank Arnould

Une étude d’imagerie cérébrale fonctionnelle révèle que le mensonge active des structures du cerveau impliquées dans les efforts cognitifs.

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En analysant les enregistrements vidéo réalisés pendant l’interrogatoire de personnes soupçonnées de vol, d’incendie criminel, de viol ou de meurtre, des chercheurs ont découvert que le mensonge se manifestait par une réduction des clignements de paupières, des mouvements des mains et des doigts, et par un allongement des pauses verbales (Mann, Vrij, & Bull, 2002) . Ces signes seraient la traduction des efforts cognitifs associés au fait de mentir (Leal, Vrij, Fisher, & Van Hooff, 2008. Lire sur PsychoTémoins : Trop nerveux pour être honnête ? ).

Une nouvelle étude a révélé les bases neuronales de cette charge cognitive provoquée par le mensonge (Vartanian, Kwantes, & Mandel, 2012). Les quinze volontaires de l’expérience ont été placés dans un scanner. Des séries de chiffres identiques leur étaient alors présentées. Leur tâche consistait à dire si le nombre de chiffres dans une série correspondait au chiffre représenté (p. ex., 4444) ou non (p.ex., 44444). Quand la série était présentée en vert, les participants devaient dire la vérité. Quand elle était présentée en rouge, ils devaient mentir en affirmant le contraire de ce qu’ils voyaient.

Les résultats ont montré que le mensonge activait un réseau de structures cérébrales dans le cortex frontal, le cortex pariétal et le mésencéphale, zones impliquées dans le fonctionnement de la mémoire de travail. Les auteurs ont rappelé que les ressources de la mémoire de travail sont utilisées quand des processus exigeant des efforts sont déployés (contrôle cognitif, résolution d’interférence, inhibition). Cependant, le mensonge activait plus fortement ce réseau quand il y avait adéquation entre nombre de chiffres et chiffre représenté (p. ex., 4444). Pour les chercheurs, cela traduirait le fait que le mensonge demanderait plus d’effort quand les stimuli sont traités avec fluidité.

L’analyse des données a également révélé que le mensonge activait le cortex préfrontal rostrolatéral de l’hémisphère droit, une structure connue pour son rôle dans le contrôle cognitif et la régulation de la pensée. De plus, l’activation du gyrus frontal inférieur, région clé des activités d’inhibition, a permis de distinguer les bons des mauvais menteurs.

Les auteurs ont conclu que les corrélats cérébraux de l’effort et du contrôle cognitifs pourraient être utilisés dans un contexte légal afin de détecter le mensonge. Néanmoins, ils ont aussi reconnu les limites d’une telle utilisation de l’imagerie cérébrale fonctionnelle. Par exemple, une étude récente a montré qu’il était très facile de duper ce type de détecteur de mensonges (lire sur PsychoTémoins : Tromper le détecteur cérébral de mensonges ). De plus, dans la nouvelle expérience, les sujets ne mentaient pas en faisant un récit sur des faits, ce qui restreint la généralisation de ses résultats.

Mots clés :

Mensonge - Détection du mensonge - Charge cognitive - Effort cognitif - Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle - IRMf - Cognition - Adultes

Références :

Leal, S., Vrij, A., Fisher, R. P., & Van Hooff, H. (2008). The time of the crime : Cognitively induced tonic arousal suppression when lying in a free recall context. Acta psychologica, 129(1), 1–7. doi:10.1016/j.actpsy.2008.03.015

Mann, S., Vrij, A., & Bull, R. (2002). Suspects, lies, and videotape : An analysis of authentic high-stake liars. Law and human behavior, 26(3), 365–376. doi:10.1023/A:1015332606792

Vartanian, O., Kwantes, P., & Mandel, D. R. (2012). Lying in the scanner : Localized inhibition predicts lying skill. Neuroscience Letters, 529(1), 18-22. doi:10.1016/j.neulet.2012.09.019

À lire également sur PsychoTémoins :

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