Les émotions et la mémoire du contexte.

15 mars 2011 par Frank Arnould

L’activation (faible ou élevée) provoquée par les émotions influence plus la mémoire d’informations contextuelles que leur valence (positive ou négative).

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La mémoire des témoins oculaires est souvent mise à rude épreuve. Non seulement doivent-ils se souvenir des faits, mais aussi des lieux et du moment du crime. Ces informations contextuelles constituent des éléments d’enquête qui peuvent être déterminants, par exemple pour vérifier l’alibi d’un suspect.

En outre, selon le principe de l’encodage spécifique (Tulving & Thomson, 1973), elles peuvent aussi servir d’indices, et faciliter ainsi la remémoration des faits. Cet aspect du fonctionnement de la mémoire est intégré dans l’Entretien Cognitif, un protocole de recueil des témoignages (Ginet, 2003). Les témoins y sont notamment invités à restaurer mentalement le contexte physique, mais aussi psychologique, du crime.

Les situations de crime sont souvent vécues avec émotion par les témoins oculaires. Que sait-on, aujourd’hui, de l’effet des émotions sur la mémoire des informations contextuelles spatiales et temporelles ? En fait, constatent la psychologue américaine Katherine Schmidt et ses collègues, les résultats des études menées jusqu’à présent sur ce sujet sont contradictoires (Schmidt, Patnaik, & Kensinger, 2011). Ces contradictions sont certainement dues au fait que, dans ces expériences, les chercheurs n’ont pas pris soin d’isoler systématiquement l’influence de la valence des émotions (positive versus négative) et celle du niveau d’activation ou d’éveil (faible versus élevé) qu’elles peuvent provoquer chez une personne.

Deux expériences publiées par cette équipe montrent que les stimuli provoquant un niveau élevé d’activation émotionnelle améliorent la mémoire de leurs détails spatiaux et temporels, par rapport aux stimuli provoquant un faible niveau d’activation. La valence des émotions (positive ou négative) n’exerce, en revanche, aucune influence sur la mémoire du contexte.

Ces résultats sont d’autant plus intéressants qu’ils ont été obtenus, à travers ces deux expériences, avec du matériel à mémoriser différent, ainsi qu’avec diverses procédures d’apprentissage et mesures de la mémoire.

Références :

Ginet, M. (2003). Les clés de l’entretien avec le témoin ou la victime. Paris : La documentation française.

Schmidt, K., Patnaik, P., & Kensinger, E. A. (2011). Emotion’s influence on memory for spatial and temporal context. Cognition & Emotion, 25(2), 229-243.

Tulving, E., & Thomson, D. (1973). Encoding specificity and retrieval processes in episodic memory. Psychological Review 80(5), 352-373.

Mots clés :

Mémoire épisodique – Mémoire contextuelle – Temps – Espace – Émotion – Valence – Activation – Éveil – Cognition – Adultes

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jonjk
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