Les enfants jugent-ils avec réalisme leur témoignage ?

9 décembre 2008 par Frank Arnould

Selon les résultats de deux expériences publiées par une équipe de chercheurs suédois, la capacité des enfants à évaluer avec réalisme l’exactitude de leur témoignage dépendrait de la façon dont l’interviewer pose ses questions.

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L’entretien avec un enfant victime ou témoin devrait toujours débuter par un questionnement lui permettant de relater librement les faits. Cette recommandation, fondée sur de nombreuses données expérimentales, fait l’unanimité parmi les experts de la psychologie du témoignage. C’est de cette manière qu’est structuré, par exemple, le protocole du NICHD. Si des questions ciblées sont permises, celles-ci ne doivent intervenir qu’après les questions ouvertes, afin de préciser des points soulevés par l’enfant lui-même.

Certes, les enfants se souviennent librement d’un moins grand nombre d’informations que les adultes. Cependant, les éléments qu’ils rapportent sont aussi précis que ceux énoncés par les adultes. Ce n’est pas le cas quand les enfants sont interrogés au moyen de questions ciblées : les témoignages d’adultes sont alors plus précis. Ces données conduisent le psychologue Carl Martin Allwood et ses collègues du Département de psychologie de l’Université de Lund, en Suède, à émettre l’hypothèse suivante : le réalisme avec lequel les enfants et les adultes jugent la qualité de leur témoignage pourrait dépendre du type de question posée.

Dans deux expériences, des adultes et des enfants âgés de 8 à 9 ans et de 12 à 13 ans visionnent une courte vidéo. Une semaine plus tard, ils doivent s’en souvenir librement puis répondre à des questions ciblées. Quelques jours après, leur tâche est maintenant de juger s’ils sont plus ou moins confiants dans les réponses données pendant l’entrevue précédente.

Les premiers résultats confirment que les enfants font des comptes rendus libres des faits moins complets que les adultes. Néanmoins, le niveau de précision des éléments qu’ils rapportent est similaire à celui des adultes. Si les enfants des 12 à 13 ans et les adultes jugent leurs réponses libres avec une confiance trop élevée, ce n’est pas le cas des enfants les plus jeunes qui montrent ainsi un surprenant réalisme de la confiance envers leurs souvenirs. En revanche, les trois groupes d’âge ont tendance à se montrer beaucoup trop sûrs d’eux-mêmes quand ils répondent à des questions ciblées, en particulier quand les éléments déjà mentionnés dans la phase de rappel libre sont exclus des analyses (Expérience 1 [1]).

Les auteurs pensent donc que deux facteurs importants contribueraient au réalisme des jugements de confiance émis par des enfants à propos de souvenirs d’un évènement dont ils ont été témoin : le format des questions (rappel libre versus questions ciblées) et l’étendue avec laquelle le contenu d’une question a déjà été mentionné plus tôt durant l’entretien (p. 545).

Référence :

Allwood, C.M., Innes-Ker, E.H., Hongren, J., & Fredin, G. (2008). Children’s and adults’ realism in their event-recall confidence in responses to free recall and focused questions. Psychology, Crime & Law, 14(6), 529-547.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Mémoire – Confiance – Métamémoire - Métacognition - Cognition – Enfants – Préadolescents – Adolescents - Adultes

Crédit photo :

rachel a.k.
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[1] Dans la première expérience, 14 % des questions ciblées font référence à des éléments mentionnés dans la phase de rappel libre. Ce taux chute à 1,8 % dans la seconde expérience dans laquelle une vidéo plus complexe est présentée aux témoins.