Les faux aveux corrompent les autres formes de preuve

5 janvier 2012 par Frank Arnould

Une analyse d’erreurs de justice révèle que les faux aveux ont influencé les autres formes de preuves, créant ainsi une illusion de corroboration.

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Comme le rappellent le psychologue américain Saul Kassin et ses collègues, plusieurs expériences réalisées en laboratoire ont montré que les aveux influençaient fortement les verdicts, même s’ils avaient été obtenus sous la contrainte, si le confesseur était atteint de maladie mentale ou encore s’il s’agissait d’aveux de seconde main, obtenus auprès d’un informateur motivé à mentir.

Depuis 1992, aux États-Unis, l’Innocence Project [1] assiste des condamnés afin de prouver leur innocence par des tests ADN. En 2009, 241 erreurs de justice avaient été traitées par cette organisation [2]. L’équipe dirigée par Saul Kassin a montré que dans environ un quart de ces affaires (24,48 %), de faux aveux avaient été formulés.

Les chercheurs ont fait d’autres découvertes tout aussi surprenantes. Les affaires contenant de faux aveux contenaient également un plus grand nombre d’autres formes d’erreurs que les affaires sans faux aveux. Par ordre de fréquence, ces erreurs provenaient des résultats de la police scientifique, de témoins oculaires au moment de l’identification du suspect, et d’informateurs.

De plus, les faux aveux constituaient souvent la première source d’erreur au cours des enquêtes judiciaires. De ce fait, ils avaient tendance à contaminer les autres preuves disponibles par la suite. Ces nouvelles preuves créaient ainsi une illusion de corroboration des faux aveux parce qu’elles étaient en fait influencées par eux.

Pour les chercheurs, la manière dont cette influence s’est exercée reste à déterminer. Par exemple, il est possible qu’un témoin oculaire, ayant appris qu’un suspect avait avoué, fasse des déclarations allant dans le sens de cette information, manifestant ainsi un phénomène bien connu en psychologie cognitive, celui du biais de confirmation. Un policier, connaissant l’identité du suspect qui a avoué, pourrait aussi influencer, même par inadvertance, la décision d’un témoin participant à une parade d’identification (Greathouse & Bull Kovera, 2009).

Références :

Greathouse, S.M., & Bull Kovera, M.B. (2009). Instruction bias and lineup presentation moderate the effects of administrator kwowledge on eyewitness identification. Law and Human Behavior, 33(1), 70-82.

Kassin, S. M., Bogart, D., & Kerner, J. (2012). Confessions that corrupt : Evidence from the DNA exoneration case files. Psychological Science, 23(1), 41-45.

Mots clés :

Faux aveux – Preuve – Test ADN - Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Aveux et faux aveux

Un biais dans les parades d’identification 

Crédit photo :

Sunface13
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[1] http://www.innocenceproject.org/

[2] En août 2011, 273 condamnés innocents ont été disculpés grâce à l’Innocence Project. Dix-sept d’entre eux attendaient leur exécution dans le couloir de la mort.