Les faux souvenirs dans l’état de stress post-traumatique

7 mai 2012 par Frank Arnould

Les personnes souffrant d’un état de stress post-traumatique ne seraient pas plus enclines à produire de faux souvenirs visuels.

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Selon le Diagnostic and Statistical Manual IV (American Psychiatric Association, 1994, p. 209), l’état de stress post-traumatique est un trouble anxieux pouvant apparaître chez « un sujet qui a vécu, été témoin ou a été confronté à un ou plusieurs évènements durant lesquels des individus ont pu mourir ou être très gravement blessés, ou ont été menacés de mort ou de grave blessure ou encore durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui a pu être menacée ». De plus, « la réaction du sujet à l’évènement s’est traduite par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur ».

Cet état se manifeste par différents symptômes, comme l’apparition de pensées intrusives dans lesquelles l’évènement est revécu, l’évitement de stimuli associés au type de traumatisme, un émoussement de la réactivité générale, ainsi que des symptômes traduisant une activation neurovégétative (difficultés d’endormissement, irritabilité, difficultés de concentration…).

Après avoir effectué une revue de la littérature scientifique, l’équipe de recherche dirigée par la psychologue allemande Marit Hauschildt a constaté que les patients souffrant d’un état de stress post-traumatique produisaient un plus grand nombre de faux souvenirs dans la version verbale, et classique, du paradigme DRM, comparativement aux personnes ne présentant pas ce trouble. Dans ce paradigme, les sujets mémorisent des listes de mots. Chaque mot d’une liste (par exemple, lit, repos, sieste…) est sémantiquement associé à un autre mot (sommeil) qui n’est pas présenté pendant la phase de mémorisation (le leurre critique). Quand la mémoire des listes est testée, les personnes ont tendance à rappeler ou à reconnaître à tort les leurres critiques en raison des liens qu’ils partagent avec les mots étudiés. Ces faux souvenirs verbaux et spontanés seraient donc encore plus nombreux chez les personnes atteintes d’un état de stress post-traumatique (ESPT).

Toutefois, quand le groupe de chercheurs a testé une variante visuelle du paradigme DRM, les résultats ont été différents. Trois groupes de personnes ont été comparés : des victimes traumatisées à la suite de violence interpersonnelle, avec ou sans ESPT, et des individus non traumatisés et sans ESPT.

Les participants ont tout d’abord visionné cinq enregistrements vidéo décrivant une scène émotionnellement neutre (une vidéo), émotionnellement positive (une vidéo), émotionnellement négative (deux vidéos) et une scène de violence interpersonnelle liée au traumatisme vécu par une partie des sujets (une vidéo). Chaque vidéo contenait des éléments clés de la scène décrite, mais un élément typique en était absent (le leurre critique). Par exemple, dans la scène de bagarre, on ne voyait pas de nez sanglant. Les participants ont ensuite été invités à reconnaître des éléments vus dans chaque vidéo parmi les leurres critiques (par exemple, le nez sanglant) et des éléments jamais présentés et sans aucun lien avec les scènes enregistrées. Un faux souvenir était détecté chaque fois qu’un leurre critique avait été reconnu.

Bien que leurs souvenirs étaient globalement les moins précis, les personnes avec ESPT n’ont pas produit plus de faux souvenirs que les deux autres groupes de personnes et n’ont pas été plus sûres de leurs souvenirs.

De plus, aucun lien n’a été constaté entre la gravité de l’ESPT, la dépression ou la disposition à la dissociation (sauf pour la sous-échelle Déréalisation/Dépersonnalisation de la Dissociative Experience Scale) avec la production de faux souvenirs. Par contre, l’état de dissociation des sujets au moment de la mémorisation des vidéos était associé positivement à la susceptibilité aux faux souvenirs (corrélation de 0,40 pour l’ensemble de l’échantillon et de 0,47 dans les groupes traumatisés).

Ces résultats, ont conclu les chercheurs, devraient permettre de jeter un nouveau regard sur la fiabilité des souvenirs des personnes souffrant d’un état de stress post-traumatique, d’autant plus que le matériel expérimental utilisé se voulait plus proche de situations réelles.

Références :

American Psychiatric Association (1994). Mini DSM IV. Paris : Masson.

Hauschildt, M., Peters, M. J. V., Jelinek, L., & Moritz, S. (2012). Veridical and false memory for scenic material in posttraumatic stress disorder. Consciousness and Cognition, 21(1), 80-89. doi:10.1016/j.concog.2011.10.013

Mots clés :

Faux souvenirs spontanés - Mémoire verbale - Mémoire visuelle - Cognition - Etat de stress post-traumatique - Adultes

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Crédit photo :

Michael Cresle
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