Les faux souvenirs spontanés chez l’enfant hyperactif

19 septembre 2012 par Frank Arnould

Les enfants souffrant d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité seraient plus sensibles à une forme de faux souvenir spontané et moins vulnérables à une autre.

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Le ruban violet, symbole utilisé pour la sensibilisation du public autour du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité

Pour mémoriser de nouvelles informations, ou pour restituer des informations stockées, nous nous servons souvent – sans en être toujours conscients – de connaissances préalables que nous avons acquises au fur et à mesure de nos expériences. Certaines de ces connaissances sont abstraites et constituent, en quelque sorte, des généralisations faites à partir d’événements similaires.

Par exemple, nous pouvons former – sans que cela soit intentionnel – une représentation schématique de toutes nos expériences vécues dans un restaurant. Cette représentation constitue une sorte de scénario qui décrit la séquence d’actions habituelles qui est suivie lorsque l’on se rend dans un restaurant – entrer dans le restaurant, attendre qu’un serveur nous conduise à notre table, demander le menu, commander les plats et ainsi de suite. Les éléments propres à chaque expérience vécue dans un restaurant sont éliminés du scénario, qui ne retient que leurs éléments communs.

Si les scénarios facilitent bien le fonctionnement de la mémoire, ils seraient aussi à l’origine de faux souvenirs. Pour démontrer cela, les psychologues opèrent expérimentalement de la façon suivante. Ils créent un texte ou une série de photographies à partir d’un scénario (par exemple, le scénario « aller au restaurant ») qu’ils présentent aux sujets de l’expérience en omettant des « scènes ». Après la phase de mémorisation, les participants sont invités à reconnaître les phrases ou les photographies étudiées parmi des phrases ou des images nouvelles. L’astuce consiste à introduire les scènes coupées du scénario au sein des éléments distracteurs.

Généralement, les expériences utilisant cette méthode montrent que les sujets reconnaissent à tort les scènes coupées comme ayant été étudiées, tout simplement parce qu’elles sont typiques du scénario en question. Autrement dit, les participants comblent les trous dans le scénario par de faux souvenirs ! Ces illusions mnésiques sont spontanées, parce ce qu’elles sont produites par le propre système cognitif des sujets, en dehors de toute suggestion externe ou pression sociale.

Une étude récente vient de montrer, semble-t-il pour la première fois, que ce type de faux souvenir est moins fréquent chez les enfants souffrant d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) que chez leurs camarades du même âge épargnés par cette difficulté. Les auteurs de l’expérience proposent deux raisons possibles qui permettraient de comprendre ce résultat. D’une part, les enfants TDAH seraient mieux protégés parce qu’ils accèderaient plus difficilement ou plus lentement à leurs connaissances scénarisées. D’autre part, ces connaissances pourraient aussi être moins bien organisées dans leur mémoire sémantique que celles de leurs camarades sans TDAH.

L’étude montre que les enfants TDAH sont, par contre, plus vulnérables à une autre forme de faux souvenirs spontanés. Durant l’expérience, les jeunes participants mémorisent des séries de photographies, chaque série ayant été conçue à partir d’un scénario différent. Certaines photographies décrivent les effets (par exemple, des oranges sur le sol pour le scénario « faire les courses à l’épicerie ») de diverses actions, sans que les photographies de ces actions ne leur soient présentées. Quand, quelques minutes plus tard, ces actions leur sont présentées dans le test de reconnaissance, les enfants TDAH commettent plus d’erreurs de mémoire que les enfants sans TDAH en indiquant, à tort, les avoir étudiées. C’est ce que les auteurs appellent les erreurs d’inférence causale rétrograde (backward causal inference errors, en anglais). Ils pensent que les enfants TDAH, plus que leurs camarades, auraient confondu le fait d’avoir inféré les causes à partir des effets avec de vrais souvenirs.

Peu importe la forme d’illusions mnésiques spontanées, les enfants TDAH croient avec plus de certitude que leurs faux souvenirs correspondent à la réalité par rapport aux enfants sans TDAH. Cependant, comme leurs camarades, leur niveau de certitude est plus élevé pour les erreurs d’inférence causale que pour l’autre forme de faux souvenirs. Ce phénomène, estiment les chercheurs, indique que même les enfants avec TDAH disposent d’une certaine aptitude à examiner l’état de leurs souvenirs et à les différencier.

Référence :

Mirandola, C., Paparella, G., Re, A. M., Ghetti, S., & Cornoldi, C. (à paraître). Children with ADHD symptoms are less susceptible to gap-filling errors than typically developing children. Learning and Individual Differences. doi:10.1016/j.lindif.2012.05.008

Mots clés :

Témoignage oculaire – Faux souvenirs spontanés – Trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité – Script – Scénario – Mémoire – Cognition – Mineurs – Enfants d’âge scolaire

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

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