Les jeunes enfants savent quand mentir

3 septembre 2012 par Frank Arnould

Dès l’âge de trois ans, les enfants peuvent décider de mentir plutôt que de dire la vérité en fonction du contexte.

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Une série d’expériences, publiée par des chercheurs chinois et canadiens, indiquent que, non, décidément, la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, même de celle des plus jeunes d’entre eux (Fu, Evans, Xu, & Lee, 2012).

En effet, les résultats montrent que les enfants de quatre et cinq ans peuvent décider de mentir plutôt que de dire la vérité sur un acte de transgression s’ils pensent que leur interlocuteur ne peut pas être au courant de leur méfait (Voir Encadré pour un aperçu de la méthodologie utilisée dans ces expériences). Même les enfants de trois ans en sont capables, bien qu’une plus grande variabilité existe dans ce groupe d’âge dans l’aptitude à décider stratégiquement de mentir.

Ces études montrent donc que la capacité à choisir de mentir ou de dire la vérité en fonction du contexte est présente chez les jeunes enfants. C’est la première étape à franchir pour mentir de manière stratégique. La seconde étape consiste à être capable d’élaborer un discours cohérent avec le mensonge, de telle sorte que le mensonge paraisse crédible. Cette étape est franchie plus tardivement (Talwar, Gordon, & Lee, 2007).

Ces recherches ayant été menées en République populaire de Chine, les auteurs recommandent de conduire des expériences similaires avec des enfants d’autres cultures afin de déterminer si les mêmes effets existent dans des sociétés moins hiérarchisées.

Un peu de méthode

L’équipe chinoise et canadienne utilise une variante du paradigme de la résistance à la tentation pour étudier le mensonge chez les enfants. Individuellement, chaque enfant participe à un jeu de devinettes avec l’expérimentateur, consistant à deviner des jouets cachés en fonction du bruit qu’ils émettent. Au cours de la séance, l’expérimentateur s’absente quelques instants en recommandant à l’enfant de ne pas regarder le dernier objet qu’il devra deviner ensuite. Plus de 70 % des enfants ne résistent pas à la tentation.

À son retour, l’expérimentateur demande à son jeune interlocuteur s’il a jeté un coup d’œil sur le jouet. Cette question critique permet de savoir si les enfants ayant transgressé la règle vont mentir ou dire la vérité. Plusieurs manipulations expérimentales sont introduites dans ce paradigme afin d’étudier la capacité des enfants à décider de mentir ou non en fonction du contexte. Dans la première expérience, un complice de l’expérimentateur apparaît pendant l’absence de ce dernier, et est le témoin de la transgression. Soit il est présent, soit il est absent au moment où l’expérimentateur pose la question critique. Les enfants de quatre et cinq ans mentent plus souvent quand le témoin est absent que s’il est présent. Les enfants de trois ans mentent tout autant dans les deux situations.

Dans la seconde expérience, pour une partie des enfants, un témoin de la scène de transgression informe l’expérimentateur de la situation. Pour les autres enfants, l’expérimentateur bluffe, leur faisant croire qu’une personne a été témoin de leur méfait. Les enfants de quatre et cinq ans mentent plus souvent dans la condition de bluff que dans la condition de l’informateur. Les enfants de trois ans mentent tout autant dans les deux conditions.

La troisième expérience est identique à la seconde, mais est conduite seulement avec des enfants de trois ans et avec un échantillon plus important. Cette fois, même les enfants de ce groupe d’âge mentent plus souvent dans la condition de bluff que dans la condition de l’informateur.

Références :

Fu, G., Evans, A. D., Xu, F., & Lee, K. (2012). Young children can tell strategic lies after committing a transgression. Journal of Experimental Child Psychology, 113(1), 147-158. doi:10.1016/j.jecp.2012.04.003

Talwar, V., Gordon, H. M., & Lee, K. (2007). Lying in the elementary school years : Verbal deception and its relation to second-order belief understanding. Developmental Psychology, 43(3), 804-810. doi:10.1037/0012-1649.43.3.804

Mots clés :

Mensonge – Développement –Transgression – Contexte – Mineurs – Enfants d’âge préscolaire

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