Les menteurs sont moins flexibles

10 septembre 2012 par Frank Arnould

Contrairement aux menteurs, les personnes honnêtes restent cohérentes quand elles témoignent de manière verbale et imagée, démontrant ainsi leur plus grande flexibilité cognitive.

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Récemment, des chercheurs ont découvert que les menteurs étaient plus incohérents que les personnes sincères quand étaient comparés leurs témoignages verbaux avec leurs témoignages imagés des faits (Leins, Fisher, Vrij, Leal, & Mann, 2011). Une nouvelle étude semble avoir cerné l’origine de cette différence (Leins, Fisher, & Vrij, 2012).

Les participants ont menti ou ont été sincères concernant la réalisation d’une série de tâches dans une salle du laboratoire de psychologie. Les personnes honnêtes avaient réellement participé à ces activités, contrairement aux menteurs qui ont dû imaginer la situation. Les sujets ont ensuite été interrogés verbalement ou bien de manière imagée en faisant le croquis de la pièce où les différentes tâches étaient censées s’être déroulées. Quelques instants plus tard, un deuxième interrogatoire, verbal ou imagé, a été organisé. Ainsi, les participants ont été répartis dans différentes conditions expérimentales : verbal-verbal ; verbal-imagé ; imagé-imagé ; imagé-verbal.

Les personnes sincères sont restées cohérentes quel que soit le mode de témoignage du second entretien par rapport au premier interrogatoire. Les menteurs sont restés cohérents quand les deux interrogatoires faisaient appel à la même modalité de réponse (verbal-verbal ou imagé-imagé). Ces conditions leur ont certainement permis de répéter dans le second interrogatoire ce qu’ils avaient déjà rapporté dans le premier. Les menteurs se sont par contre révélés être plus incohérents que les personnes honnêtes quand les deux entretiens étaient conduits selon des modalités différentes.

Ces résultats, ont estimé les auteurs, ont confirmé l’hypothèse selon laquelle les menteurs seraient cognitivement moins flexibles que les personnes sincères. En effet, les individus honnêtes intègrent dans leurs souvenirs de nombreux détails sur les faits, en particulier des détails perceptifs. Par conséquent, il leur est plus facile d’accéder à leurs souvenirs par des chemins différents. Au contraire, les menteurs ne disposent pas de tels souvenirs détaillés puisqu’ils n’ont pas vécu la scène. Ils ne sont donc pas aussi flexibles que les personnes honnêtes et paraissent donc plus incohérents quand ils sont interrogés selon des modalités différentes.

L’étude suggère donc que les menteurs manquent de souplesse. Ils ne sont cohérents que s’ils sont toujours questionnés de la même façon. Pour les détecter plus facilement, les enquêteurs devraient donc les interroger selon des modalités de réponse différentes. Cognitivement moins flexibles que les personnes sincères, leurs témoignages paraissent alors plus incohérents les uns avec les autres.

Références :

Leins, D. A., Fisher, R. P., & Vrij, A. (2012). Drawing on liars’ lack of cognitive flexibility : Detecting deception through varying report modes. Applied Cognitive Psychology, 26(4), 601–607. doi:10.1002/acp.2837

Leins, D., Fisher, R. P., Vrij, A., Leal, S., & Mann, S. (2011). Using sketch drawing to induce inconsistency in liars. Legal and Criminological Psychology, 16(2), 253-265. doi:10.1348/135532510X501775

Mots clés :

Mensonge – Interrogatoire – Dessin – Verbal – Incohérence – Cognition –Flexibilité cognitive - Adultes

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