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Les normes sociales influencent le traitement d’une affaire criminelle

8 septembre 2011 par Frank Arnould

Chez les enquêteurs criminels, des normes professionnelles différentes activeraient des buts distincts dans le traitement des preuves judiciaires.

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L’équipe dirigée par le psychologue Karl Ask, de l’Université de Göteborg en Suède, vient de démontrer que des normes professionnelles différentes activent des buts distincts dans le traitement des preuves d’une affaire criminelle. C’est, semble-t-il, la première fois que l’influence des normes sociales est étudiée dans le milieu judiciaire.

Cent-quatre enquêteurs criminels suédois ont pris part à l’expérience, alors qu’ils participaient à une formation sur les techniques d’interrogatoire. Dans un premier temps, il leur a été présenté un livret contenant six affirmations sur ce que constituait un bon enquêteur. Afin d’instaurer des normes professionnelles, ces affirmations, leur a-t-ont fait croire, avaient été approuvées par au moins 80 % de leurs confrères.

La tâche des participants était d’indiquer dans quelle mesure chaque affirmation leur correspondait. Quatre de ces six déclarations étaient différentes en fonction des participants, et révélaient des normes professionnelles distinctes. Ainsi, pour certains sujets, elles indiquaient que le but d’un bon enquêteur consistait surtout à être efficace et à traiter rapidement les affaires (par exemple : « Un bon enquêteur entrevoit souvent la solution d’un crime rapidement au cours de l’investigation. »). Pour les autres sujets, elles suggéraient qu’un bon enquêteur devait prendre son temps et être minutieux (par exemple : « Un bon enquêteur doit être capable d’éviter les conclusions hâtives sur un crime. »). Dans la condition contrôle, aucun but spécifique dans le traitement d’un affaire criminelle n’était présenté dans les affirmations (par exemple : « Un bon enquêteur est capable de motiver et de soutenir ses collègues. »).

Après avoir renseigné ce questionnaire, les enquêteurs ont pris connaissance d’une affaire criminelle et ont jugé la culpabilité d’un homme, suspecté d’avoir violenté son fils. Pendant les investigations, un premier témoin affirmait avoir vu le père peu avant les faits. Puis, les déclarations d’un second témoin ont été communiquées selon l’une ou l’autre des formes suivantes : soit ce témoin avait identifié la voix du suspect comme étant celle entendue avant et pendant les faits (preuve incriminante), soit il ne l’avait pas reconnue, arguant que la voix entendue était celle d’une personne plus jeune que celle du suspect (preuve disculpatoire).

Les résultats ont montré que les participants confrontés à des normes professionnelles axées sur l’efficacité ont jugé l’affaire criminelle plus rapidement que ceux confrontés aux normes axées sur la minutie ! Les premiers ont aussi traité l’affaire plus superficiellement que les seconds, puisqu’ils ont été moins ouverts au second témoignage apparaissant plus tardivement dans l’enquête, même si ce témoignage pouvait fournir une preuve disculpatoire pour le suspect.

L’activation des buts par les normes professionnelles s’est faite de manière automatique, sans que les enquêteurs en aient pris conscience. Aussi, ont conclu les chercheurs, le climat social dans lequel baignent les équipes d’investigation pourrait exercer une influence insidieuse sur la manière dont seraient menées les enquêtes. De plus, ont-ils poursuivi, les années d’expériences professionnelles des enquêteurs [1] ne permettrait pas d’ériger une barrière contre cette influence normative non consciente.

Référence :

Ask, K., Granhag, P. A., & Rebelius, A. (2011). Investigators under influence : How social norms activate goal-directed processing of criminal evidence. Applied Cognitive Psychology, 25(4), 548-553.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Enquêteur criminel – Police – Preuve – Culpabilité – Suspect – Normes sociales – But – Adultes

Crédit photo :

svenwerk
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Les participants de l’étude exerçaient le métier de policier depuis 21 ans, en moyenne.