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Les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles sont-ils authentiques ?

28 juin 2007 par Frank Arnould

La controverse sur l’authenticité des souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles va-t-elle connaître un nouveau rebondissement ? Une équipe de chercheurs publie les résultats d’une enquête au cours de laquelle de tels souvenirs sont confrontés à l’existence ou non de preuves confirmant la réalité des abus.

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L’histoire de la psychologie est parsemée de controverses. Récemment, c’est le domaine de la mémoire qui s’est trouvé au centre d’une polémique. Pour certains chercheurs et thérapeutes, les agressions sexuelles subies pendant l’enfance peuvent être totalement oubliées, « refoulées », et retrouvées bien plus tard.

D’autres psychologues et psychiatres ne sont pas d’accord avec ce point de vue. Sans nier l’existence possible d’un tel phénomène, ils pensent que ces souvenirs peuvent aussi avoir été suggérés, notamment quand le thérapeute a fait usage de certaines techniques suggestives de recouvrement des souvenirs (Brédart, 2004 ; Loftus & Ketcham, 1997).

Les souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles sont-ils réels ou suggérés ? L’étude présentée par Elke Geraerts et ses collaborateurs, dans un article paru dans Psychological Science (Geraerts, Schooler, Merckelbach, Jelicic, Hauer, & Ambadar, 2007) constitue une étape importante du débat.

Grâce aux annonces publiées dans plusieurs journaux locaux, les chercheurs ont pu recruter des personnes ayant des souvenirs d’agressions sexuelles infantiles. Après une période d’oubli, celles-ci se sont souvenues des sévices au cours d’une thérapie, ou bien spontanément, de manière inattendue. D’autres personnes n’ont pas oublié les agressions et en ont gardé des souvenirs constants.

Au cours de l’entretien, il est demandé aux participants d’indiquer toute preuve pouvant corroborer leurs allégations. Deux chercheurs indépendants, non informés du type de souvenir de chaque participant, vont ensuite interroger des personnes tierces pouvant fournir des confirmations potentielles des sévices. Les souvenirs d’agression sont corroborés lorsqu’au moins l’un des critères suivants est rempli :

- Une tierce personne affirme avoir été rapidement informée de l’existence de l’agression (dans la semaine ayant suivi les faits) ;
- Une tierce personne rapporte avoir été victime du même agresseur ;
- Une personne reconnaît être l’auteur de l’agression.

Des preuves confirmant les agressions ont été trouvées dans 37 % des cas de souvenirs spontanés, et dans 45 % des cas de souvenirs continus (la différence n’est pas statistiquement signitificative). Aucune preuve n’a pu être repérée pour corroborer les cas de souvenirs d’agressions retrouvées au cours d’une thérapie.

En outre, la découverte de tels souvenirs a été ressentie avec plus de surprise par les participants les ayant retrouvés fortuitement que par les participants les ayant recouvrés en thérapie, comme si ces derniers avaient été en quelque sorte préparés par la thérapie à récupérer de tels souvenirs.

Cette étude indique qu’il est désormais nécessaire de distinguer les souvenirs d’agressions sexuelles retrouvés spontanément de ceux récupérés au cours d’une thérapie. Les premiers sont corroborés par des preuves externes aussi fréquemment que les souvenirs continus. Sans conclure définitivement que les souvenirs retrouvés en thérapie sont systématiquement faux, leur réalité serait plus souvent sujette à caution.

Références :

Brédart, S. (2004). La récupération de souvenirs d’abus sexuels infantiles chez l’adulte. In S. Brédart & M. Van der Linden (Eds.), Souvenirs récupérés, souvenirs oubliés et faux souvenirs. (pp. 13-46). Marseille : Solal.

Geraerts, E., Arnold, M. M., Lindsay, D. S., Merckelbach, H., Jelicic, M., & Hauer, B. (2006). Forgetting of prior remembering in persons reporting recovered memories of childhood sexual abuse.Psychological Science, 17(11), 1002-1008.

Geraerts, E., Schooler, J. W., Merckelbach, H., Jelicic, M., Hauer, B., & Ambadar, Z. (2007). The reality of recovered memories : Corroborating continuous and discontinuous memories of childhood sexual abuse. Psychological Science, 18(7), 564-568.

Loftus, E. F., & Ketcham, K. (1997). Le syndrome des faux souvenirs. Paris : Exergue.

Mots-clés :

Agressions sexuelles infantiles - Abus sexuels - Mémoire - Faux Souvenirs induits - Souvenirs retrouvés - Oubli - Amnésie - Suggestibilité - Psychothérapie - Preuve - Adultes

Sur le web :

Publications de Elke Geraerts (l’accès à certains articles est libre)

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Crédit photo :

Sazzy B
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