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Les témoignages similaires sont-ils plus crédibles ? Une étude chez l’enfant

17 mai 2013 par Frank Arnould

Quand deux enfants témoignent, leurs déclarations se ressemblent plus s’ils disent la vérité que s’ils mentent. Cependant, la cohérence de leur témoignages ne serait qu’un indicateur modeste de leur crédibilité.

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Juges et jurés s’attendent à ce que les témoins oculaires d’un crime fassent des déclarations similaires et cohérentes pour pouvoir les juger crédibles. À l’inverse, si les déclarations ne concordent pas, le doute sur la crédibilité des témoins serait permis.

Chez l’adulte, les rares études qui se sont penchées sur ce sujet ont produit des données plutôt contre-intuitives. Ces expériences indiquent en effet que les couples menteurs font des déclarations plus cohérentes que celles de couples sincères. De quelle manière interpréter ce résultat ? Il semblerait que les couples menteurs préparent plus volontiers leur interrogatoire que les couples sincères, en se mettant d’accord sur les réponses à donner à l’enquêteur. Cette stratégie est efficace, sauf quand des questions inattendues - dont les réponses ne peuvent pas avoir été préparées - sont posées (lire sur PsychoTémoins : Détecter le mensonge : le piège de l’imprévu)

Si l’on en croit les résultats d’une nouvelle étude (Vredeveldt & Wagenaar, 2013), les choses seraient différentes chez l’enfant. Les chercheurs ont regroupé par paire leurs jeunes participants, âgés de 8 à 10 ans. Chaque paire doit imaginer un évènement, que les enfants n’ont en fait jamais vécu ensemble, et en discuter. Les enfants sont ensuite questionnés individuellement sur cet évènement inventé, ainsi que sur un autre évènement, bien réel celui-là, qu’ils ont en commun. Les chercheurs ont ensuite évalué le degré de cohérence des réponses données à cet interrogatoire entre les deux enfants de chaque paire.

Contrairement aux adultes, les témoignages individuels au sein des paires d’enfants se ressemblent plus quand les jeunes participants sont interrogés sur une expérience vécue par rapport à une expérience inventée. À première vue, cette observation suggère que deux enfants faisant des témoignages similaires disent probablement la vérité. Cette suggestion doit néanmoins être tempérée par une autre observation faite par les chercheurs. En effet, une réponse jugée cohérente sur trois faisait en fait référence à l’évènement imaginé. Le niveau de cohérence entre témoignages ne serait donc qu’un indicateur modeste de leur crédibilité.

Quand les enfants sont interrogés sur l’évènement inventé, la cohérence des témoignages est plus élevée quand les questions portent sur des aspects de l’évènement qui ont fait l’objet de discussions. Toutefois, les déclarations des enfants peuvent aussi être similaires à propos d’aspects non discutés. Les chercheurs pensent que les enfants ont pu utiliser une représentation schématique et partagée [1] de l’évènement en cause pour répondre et paraître ainsi cohérents entre eux. En outre, quand les questions portent sur l’évènement réel, certaines réponses des couples d’enfants sont incohérentes entre elles. Ce phénomène pourrait s’expliquer par le fait que les enfants n’ont pas prêté attention à tous les détails de l’évènement, en particulier aux détails périphériques.

Les auteurs de cette expérience envisagent plusieurs recommandations pratiques à partir des résultats obtenus. Tout d’abord, les enquêteurs devraient empêcher autant que possible les discussions entre enfants témoins, puisque ces échanges à propos d’un évènement fabriqué peuvent conduire à des déclarations qui se ressemblent. Cependant, interdire ces conversations n’étant pas toujours possible, les chercheurs estiment que les enquêteurs devraient alors poser des questions que les enfants n’ont pas pu anticiper, ne portant pas sur une représentation schématique partagée de l’évènement en cause ou encore ne ciblant pas des détails que leurs jeunes interlocuteurs ont pu manquer.

Référence :

Vredeveldt, A., & Wagenaar, W. A. (2013). Within-pair consistency in child witnesses : The diagnostic value of telling the same story. Applied Cognitive Psychology, 27(3), 406–411. doi:10.1002/acp.2921

Mots clés :

Témoignage oculaire – Mensonge – Cohérence – Mémoire – Cognition – Mineurs – Enfants d’âge scolaire.

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

Crédit photo :

mrlins
Certais droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Ces représentations schématiques sont appelées des scénarios en psychologie cognitive. Elles décrivent la séquence habituelle, « standard », des différentes scènes et actions d’un évènement social. Les scénarios guident la mémorisation et la récupération des souvenirs.