Les témoins oculaires sont-ils tous égaux ?

6 août 2009 par Frank Arnould

Certains témoins oculaires identifieraient plus précisément un suspect parce qu’ils préfèrent un mode particulier de traitement des informations visuelles.

PNG - 77.6 ko
Les témoins oculaires diffèrent dans leur façon de traiter les informations visuelles.

La précision avec laquelle un suspect est désigné ou non dans un tapissage de police dépend aussi bien de facteurs externes (choix des personnes placées au côté du suspect, consignes et informations communiquées au témoin, etc...) qu’internes. En effet, certaines personnes seraient de bien meilleurs témoins que d’autres parce qu’elles présentent certains signes particuliers.

Le psychologue Stephen Darling, de l’Université de la Reine Margaret à Édimbourg, Écosse, vient ainsi de montrer avec ses collègues que les personnes se différencient dans leur manière de traiter les informations visuelles non faciales (voir Encadré). Certaines d’entre elles ont une plus forte tendance à les analyser de manière globale. Les chercheurs constatent que ces individus sont plus nombreux à identifier correctement le coupable d’un braquage de banque, aperçu dans un enregistrement vidéo quelques minutes auparavant.

De nouvelles études sont nécessaires pour comprendre le mécanisme par lequel cette préférence à analyser globalement des informations visuelles non faciales est liée à l’identification de visages.

Global ou local : à chacun son style

Stephen Darling et ses collaborateurs ont utilisé les lettres de Navon afin d’étudier les différences individuelles dans le traitement d’informations visuelles (Navon, 1977). Il s’agit de lettres de l’alphabet composées elles-mêmes de lettres identiques ou différentes (par exemple, un H composé de H ou de C). Les sujets de l’expérience devaient rapporter le plus vite et le plus correctement possible les lettres globales ou locales en fonction des instructions données. À partir des temps de réaction, un score de précédence globale a été calculé, permettant d’évaluer le degré avec lequel les lettres globales ont gêné l’identification de lettres locales différentes.

Environ six semaines après avoir réalisé cette tâche, les participants visionnaient une vidéo décrivant un braquage de banque, puis devaient essayer d’identifier le délinquant dans un tapissage.

Référence :

Darling, S., Martin, D., Hellmann, J. H., & Memon, A. (2009). Some witnesses are better than others. Personality and Individual Differences, 47(4), 369-373.

Navon, D. (1977). Forest before the trees : The precedence of global features in visual perception. Cognitive Psychology, 9(3), 353-383.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Vision – Traitement de l’information – Traitement global – Traitement global - Lettres de Navon - Mémoire – Parade d’identification – Tapissage de police – Cognition – Perception – Variabilité interindividuelle - Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Mémoire, méfiance et témoignage oculaire

Crédit photo :

Tywak
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)