Mémoire de la chronologie des événements chez l’enfant

26 avril 2007 par Frank Arnould

Un témoin doit se souvenir d’informations très variées. Pour aider l’enquête, il essayera de décrire la scène et le(s) malfaiteur(s). Il tentera également de se remémorer le lieu où les faits se sont déroulés. Les enquêteurs lui demanderont vraisemblablement de se souvenir des date et heure du délit ainsi que de l’ordre chronologique des événements. Le rappel de ces informations temporelles peut être crucial pour la progression des investigations. Par exemple, le moment du délit, rapporté par le témoin, peut corroborer ou réfuter l’alibi d’un suspect.

Dans quelle mesure les enfants témoins ou victimes sont capables de se remémorer à quel moment un événement s’est déroulé ? Pour les chercheurs américains Connie Tang, Karen Bartsch et Nirina Nunez, cela pourrait dépendre du type d’événements et de la façon dont les jeunes enfants sont interrogés (Tang, Bartsch & Nunez, 2007).

Des enfants âgés de 4, 5 et 6 ans apprennent tout d’abord un fait concernant un animal inventé et la réalisation d’un mouvement corporel. Une semaine plus tard, on leur enseigne un nouveau fait concernant un second animal fictif ainsi qu’un autre mouvement corporel. On leur pose ensuite des questions afin de déterminer s’ils sont aptes à se souvenir de la chronologie et du moment des différents apprentissages.

Globalement, les enfants se rappellent plus facilement le moment d’apprentissage des mouvements corporels que celui des faits sur les animaux inventés. Les professionnels menant des entretiens avec des enfants devraient être particulièrement intéressés par un autre résultat de l’étude. Deux manières différentes de questionner les enfants sont utilisées. L’une consiste à leur demander s’ils connaissaient tel fait ou tel comportement le jour précédent (« Est-ce que tu savais le fait X hier ? »). Si les apprentissages avaient eu lieu une semaine auparavant, la réponse correcte est de répondre par l’affirmative, mais par la négative si les enseignements s’étaient déroulés le même jour que l’entretien. Ces questions portent sur la localisation temporelle des apprentissages. L’autre manière de questionner les enfants consiste à leur demander d’indiquer, parmi les deux faits ou parmi les deux comportements, celui dont ils ont la connaissance la plus ancienne (« Que sais-tu depuis plus longtemps, le fait X ou le fait Y ? »). Ces questions portent donc sur la distance temporelle des apprentissages. Les enfants sont plus performants lorsque des questions sur la distance temporelle leur sont posées. Pour les auteurs, cette donnée permettrait d’élaborer des méthodes d’entretien plus appropriées au niveau de développement des jeunes enfants interrogés sur le déroulement d’événements.

Référence :

Tang, C. Bartsch, K., & Nunez, N. (2007). Young children’s reports of when learning occured. Journal of Experimental Child Psychology, 97, 149-164.

Mots-clés :

Témoignage, Entretien, Mémoire temporelle, Développement cognitif, Enfants