Mémoire, méfiance et faux aveux

14 novembre 2008 par Frank Arnould

La méfiance vis-à-vis de ses propres souvenirs pourrait conduire un suspect innocent à faire de faux aveux.

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Bouche de la vérité, Rome

Un suspect innocent et incertain sur ses souvenirs des faits est-il plus enclin à faire de faux aveux ? Quelles sont les techniques d’interrogatoire favorisant cette méfiance mnésique ? L’équipe dirigée par Saskia van Bergen analyse justement dans une expérience les relations entre différentes techniques d’interrogatoire de police, la méfiance vis-à-vis de ses propres souvenirs et la production de faux aveux chez des étudiants d’université. Ceux-ci sont accusés à tort de fraude à un examen. Ces suspects malgré eux [1] sont interrogés au moyen de différentes méthodes : 1) Information sur l’existence d’une preuve matérielle fictive (enregistrement vidéo du méfait présumé) ; 2) Communication d’un faux témoignage ; 3) Stratégie de minimisation (« l’enquêteur » minimise l’importance de la fraude) ; 4) Stratégie de maximisation (« l’enquêteur » exagère les conséquences de la fraude) ; 5) Suggestions de difficultés de mémoire ne permettant pas au « suspect » de se souvenir des faits.

Suggérer des difficultés de mémoire est la technique d’interrogatoire provoquant chez les suspects la plus grande méfiance vis-à-vis de leurs souvenirs ; mais, bien qu’innocents, ils sont encore plus enclins à avouer la fraude après avoir été informés de l’existence d’une preuve fictive. Si, pour toutes les techniques d’interrogatoire, il existe bien une relation positive entre méfiance mnésique et faux aveux, cette association n’est donc pas uniforme.

La méfiance dans ses propres souvenirs n’apparaît pas comme un trait de personnalité (au moins chez les participants de cette étude) puisqu’elle est sensible à l’effet différentiel des techniques d’interrogatoire. D’ailleurs, en dehors de toute manipulation expérimentale, les étudiants font plutôt confiance à leur mémoire.

Référence :

Van Bergen, S., Jelicic, M., & Merckelbach, H. (2008). Interrogation techniques and memory distrust. Psychology, Crime, & Law, 14(5), 425-434.

Mots clés :

Interrogatoire de police - Faux aveux - Mémoire - Adultes

Crédit photo :

Scalino
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[1] Que le lecteur se rassure : l’expérience a été approuvée par le Comité d’éthique de la Faculté de Psychologie de l’Université de Maastricht, Pays-Bas, où elle a eu lieu.