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Mensonge et théorie de l’esprit chez l’enfant d’âge scolaire

13 juillet 2007 par Frank Arnould

Chez les enfants de 6 à 11 ans, l’aptitude à maintenir un mensonge est associée à la manière dont ils se représentent les états mentaux.

Dans l’étude publiée par Talwar, Gordon et Lee (2007) dans la revue Developmental Psychology, on propose à des enfants âgés de six à onze ans de jouer à un jeu de questions-réponses portant sur des connaissances générales. L’expérimentateur pose les questions inscrites chacune sur une carte et suivies de quatre propositions de réponse. Les bonnes réponses se trouvent au dos des cartes. Après avoir posé la dernière question et énoncé les quatre réponses, l’expérimentateur quitte la salle pendant une minute, en ayant recommandé préalablement à l’enfant de ne pas consulter la bonne réponse. Malgré cette recommandation, 50 % des enfants n’ont pas pu résister à la tentation. La majorité d’entre eux (93 %) ont ensuite nié avoir jeté un coup d’œil au dos de la carte. Ces enfants d’âge scolaire manifestent donc une forte tendance à mentir à propos d’un acte de transgression.

L’aptitude à tenir des propos cohérents avec le mensonge initial s’améliore avec l’âge. Les résultats montrent qu’il existe une association entre cette aptitude et la représentation que se font les enfants du fonctionnement mental. Cette théorie de l’esprit permet d’attribuer à soi-même et à autrui des états mentaux (désirs, croyances, intentions...) afin de prédire et d’expliquer les comportements.

Les auteurs de l’étude ont soumis les enfants à deux tâches de théorie de l’esprit mesurant la compréhension des fausses croyances de second ordre (« La personne X pense que la personne Y pense que... »). La capacité à raisonner correctement sur ce genre de problème émerge vers six ans [1] (Perner & Winner, 1985).

Dans l’une des épreuves, par exemple, on présente un scénario qui met en scène deux enfants, John et Emma, qui rencontrent un vendeur de glaces dans un parc. Emma décide de rentrer chez elle pour se procurer de l’argent. Après son départ, le vendeur informe John qu’il va se rendre à l’école pour vendre ses glaces. Sur le chemin, il rencontre Emma et lui indique le nouveau lieu de vente. Deux questions sont posées aux enfants : « Est-ce que John sait qu’Emma sait où le vendeur se trouve maintenant ? », « A quel endroit John pense qu’Emma va se rendre pour acheter une glace ? ».

Les enfants réussissant moins bien les tâches de compréhension des croyances de second ordre ont plus de difficulté à feindre l’ignorance dans leurs réponses à deux questions pièges (ces questions portent sur l’image présente au dos de la carte et sur la couleur des lettres de la réponse correcte). Feindre l’ignorance exige donc une théorie de l’esprit sophistiquée. Par contre, il n’existe aucune relation entre les expressions faciales des enfants et la compréhension des croyances de second ordre.

Références :

Perner, J., & Wimmer, H. (1985). "John thinks that Mary thinks that..." : Attribution of second-order beliefs by 5- to 10-year-old children. Journal of Experimental Child Psychology, 39, 437-471.

Talwar, V., Gordon, H. M., & Lee, K. (2007). Lying in the elementary school years : Verbal deception and its relation to second-order belief understanding. Developmental Psychology, 43, 804-810.

Mots-clés :

Mensonge, Théorie de l’esprit, Développement cognitif, Cognition, Enfants d’âge scolaire, Mineurs


[1] La réussite aux tâches de fausses croyances de premier ordre (comprendre ce qu’une personne pense ou croit) est plus précoce, vers 4-5 ans.