Mensonge, mémoire et cerveau

2 novembre 2011 par Frank Arnould

Des données d’imagerie fonctionnelle et de stimulation magnétique du cerveau révèlent le rôle du cortex préfrontal dorsolatéral dans le mensonge.

Mentir, c’est inhiber la vérité. Des données de neurorimagerie ont ainsi montré que le mensonge s’accompagnait notamment d’une activation plus importante des régions du cortex préfrontal impliquées dans les processus de contrôle cognitif et d’inhibition, en particulier dans le cortex préfrontal dorsolatéral (voir Abe, 2009, pour une revue synthétique de la littérature sur la neurobiologie du mensonge).

Pour la première fois, une équipe de chercheurs a montré, à l’aide d’une technique d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, que le cortex préfrontal dorsolatéral était aussi impliqué quand des personnes mentaient à propos de souvenirs négatifs ou émotionnellement neutres (Ito et al., 2011).

Pour démontrer cela, après avoir été placés dans le scanner, les participants à l’expérience devaient indiquer si chaque image qui leur était présentée avait été précédemment étudiée. Un indice coloré différent leur signalait quand répondre honnêtement et quand mentir. Le contenu des images en question était soit émotionnellement négatif, soit émotionnellement neutre.

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Le cortex préfrontal

Mentir face à des images émotionnellement neutres s’accompagnait d’une activité bilatérale plus importante du cortex préfrontal dorsoltaral, d’une activation plus élevée dans le cortex préfrontal vendromédian gauche et dans le cortex orbitofrontal gauche. Mentir à propos de souvenirs négatifs s’accompagnait d’une plus grande activité bilatérale du cortex préfrontal dorsolatéral. Un chevauchement des activations bilatérales du cortex préfrontal dorsolatéral a été détecté entre les deux types de mensonges, confirmant ainsi le rôle de cette région dans les aspects exécutifs [1] du mensonge.

Une autre expérience vient de montrer que le cortex préfrontal dorsolatéral est bien impliqué dans le mensonge, mais différemment selon l’hémisphère cérébral concerné (Karton & Bachmann, 2011). Grâce à la stimulation magnétique transcranienne, les chercheurs ont pu empêcher temporairement le fonctionnement de cette région du cerveau, soit dans l’hémisphère gauche, soit dans l’hémisphère droit. La stimulation du cortex préfrontal dorsolatéral droit a conduit les participants à mentir moins souvent. La stimulation du cortex préfrontal dorsolatéral gauche les a conduit à mentir… plus souvent.

Dans cette étude, la tâche des participants consistait à nommer honnêtement les couleurs qui s’affichaient à l’écran ou à mentir. Les sujets choisissaient librement quand mentir et quand dire la vérité.

Références :

Abe, N. (2009). The neurobiology of deception : evidence from neuroimaging and loss-of-function studies. Current Opinion in Neurology, 22(6), 594-600.

Ito, A., Abe, N., Fujii, T., Ueno, A., Koseki, Y., Hashimoto, R., Mugikura, S., et al. (2011). The role of the dorsolateral prefrontal cortex in deception when remembering neutral and emotional events. Neuroscience Research, 69(2), 121-128.

Karton, I., & Bachmann, T. (2011). Effect of prefrontal transcranial magnetic stimulation on spontaneous truth-telling. Behavioural Brain Research, 225(1), 209-214.

Mots clés :

Mensonge – Cortex préfrontal dorsolatéral – Mémoire – Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle – IRMf – Stimulation magnétique transcranienne répétitive – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Mensonge et détection dui mensonge

Crédit image :

Par Pancrat (Travail personnel) [GFDL ou CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0], via Wikimedia Commons

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[1] Les fonctions exécutives, localisées dans le cortex frontal, regroupent un ensemble d’activités variées comme, par exemple, la flexibilité cognitive, la planification, le contrôle cognitif et l’inhibition.