Métamémoire et identification de visages par des enfants témoins

28 août 2007 par Frank Arnould

Deux expériences, publiées récemment par une équipe de chercheurs australiens et américains, évaluent l’aptitude d’enfants de dix à treize ans à juger de manière réaliste la précision de leur identification de visages au cours de tapissages.

C’est en 1971 qu’apparaît, sous la plume du psychologue américain John Flavell, le concept de métamémoire. Cette notion désigne à la fois les connaissances (plus ou moins exactes) que tout un chacun possède sur la mémoire en général, et sur la sienne en particulier (par exemple, « les personnes âgées se souviennent moins bien que les plus jeunes », « J’ai une bonne mémoire des visages », « Je me souviens mal du nom des rues » « la répétition permet d’améliorer la mémorisation »), et les processus de contrôle et de régulation déployés au cours d’une tâche mnésique (vérifier le contenu de sa mémoire, allouer un temps d’étude supplémentaire aux éléments mal mémorisés...). L’aptitude à juger la confiance que nous avons dans notre mémoire et nos souvenirs est l’activité de contrôle métamnésique qui a les implications légales les plus importantes. En particulier, des travaux ont montré que les policiers ou encore les jurés jugent la crédibilité d’un témoin en se basant notamment sur le degré de confiance que ce dernier attribue au résultat de son identification d’un suspect dans un tapissage. Plus le témoin affirme être confiant dans ses souvenirs (« Je suis certain à 90 % que c’est bien l’auteur du vol »), plus il est jugé crédible.

Existe-t-il réellement une relation entre le niveau de certitude et la précision de l’identification d’un suspect ? La réponse à cette question est complexe. Globalement, lorsque l’association entre ces deux phénomènes est évaluée par des méthodes corrélationnelles, la relation est nulle ou faible. Récemment, des méthodes de calibrage ont été utilisées pour mesurer cette association. Elles permettent de constater que les mesures de corrélation ont sous-estimé le lien réel entre ces deux variables. Toutefois, peu importe le choix de la méthode statistique utilisée pour estimer cette relation, un résultat apparaît régulièrement : l’association entre la confiance et l’exactitude du témoignage est plus forte chez les témoins qui sélectionnent un individu dans le tapissage (les sélectionneurs - choosers) que chez ceux qui ne font aucun choix.

La métamémoire se développant au cours de l’enfance, une équipe de chercheurs australiens et américains (Keast, Brewer & Wells, 2007) a testé le réalisme des jugements de confiance d’enfants de dix à treize ans et d’adultes vis-à-vis de la précision de leur identification de deux visages, vus dans une vidéo décrivant un vol. Pour les sélectionneurs, les résultats indiquent un bon calibrage de la relation entre la certitude et la précision de l’identification chez les adultes mais pas chez les enfants. Les enfants se montrent, notamment, plus surconfiants que les adultes. Serait-il possible de les aider à forger des jugements de confiance plus réalistes ? Les auteurs de cette étude ont testé cette possibilité en posant aux enfants, après les séances d’identification, des questions portant sur différentes raisons qui peuvent conduire un témoin à commettre des erreurs dans ce type de tâche. On leur indique également qu’ils pourront se servir de ces informations lorsqu’ils auront à décider si leurs choix dans les tapissages sont corrects ou non. Cette manipulation conduit les enfants à prendre plus de temps pour effectuer leurs jugements de confiance et à être moins surconfiants. Cependant, ces jugements ne sont toujours pas calibrés avec la précision de leurs identifications.

Les auteurs de l’article pensent que leurs données conduisent à une conclusion pessimiste sur la valeur des jugements de confiance comme indicateur fiable de la précision de l’identification d’un suspect chez les enfants témoins.

Références :

Flavell, J.H. (1971). First discussant’s comments : What is memory development the development of ? Human Development, 14, 272-278.

Keast, A., Brewer, N., & Wells, G.L. (2007). Children’s metacognitive judgements in an eyewitness identification task. Journal of Experimental Psychology, 97, 286-314.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Identification, Tapissage, Mémoire, Confiance, Métamémoire, Métacognition, Développement cognitif, Cognition, Enfants, Adultes

A lire également sur PsychoTémoins :

"Je suis certain que c’est lui" : les relations confiance et exactitude dans les témoignages

Identifier ou non un visage : confiance, latence de la réponse et exactitude du témoignage