Mythe n° 1. Le regard fuyant est un indice fiable du mensonge

22 décembre 2010 par Frank Arnould

La croyance selon laquelle l’aversion du regard est un indice du mensonge n’est pas confirmée par la recherche scientifique.

Mythe

L’idée selon laquelle un menteur évite les contacts visuels avec son interlocuteur est très répandue (Biland, 2004 ; Vrij, 2008). Par exemple, une enquête menée au Royaume-Uni par Aldert Vrij et ses collaborateurs, auprès de policiers, travailleurs sociaux, enseignants et du grand public, montre que le détournement du regard est considéré par ces populations comme l’un des indices les plus fortement associés au mensonge, que le menteur soit un enfant, un adolescent ou un adulte (Vrij, Akehurst, & Knight, 2006).

En outre, selon les résultas de deux enquêtes conduites par le Global Deception Research Team, ce stéréotype sur le mensonge serait le plus partagé à travers le monde (Global Deception Research Team, 2006).

De nombreux sites sur internet et ouvrages de « psychologie pratique » relayent fréquemment cette croyance. Certains manuels et programmes de formation, notamment à destination des policiers, en font également état. Par exemple, dans l’ouvrage Criminal Interrogations and Confessions, Fred Inbau et ses collègues affirment que « les suspects menteurs ne regardent pas directement l’enquêteur » (p. 151, notre traduction).

Antimythe

En réalité, l’analyse objective du comportement visuel des menteurs confirme rarement cette croyance. Dans 35 des 46 expériences répertoriées par Aldert Vrij (2008) abordant ce sujet, l’analyse du regard n’a pas permis de différencier significativement menteurs et personnes honnêtes. Dans les onze expériences restantes, les menteurs ont plus souvent détourné leur regard de leur interlocuteur (six études) ou ont eu plus de contacts visuels avec lui (cinq études), par rapport aux personnes sincères.

Les méta-analyses de la littérature scientifique réalisées par DePaulo, Lindsay, Malone, Muhlenbruck, Chariton et Cooper (2003) et par Sporer et Schwandt (2007) confirment l’absence de lien entre regard fuyant et mensonge.

Références

Biland, C. (2004). Psychologie du menteur. Paris : Odile Jacob.

DePaulo, B., Lindsay, J., Malone, B., Muhlenbruck, L., Charlton, K., & Cooper, H. (2003). Cues to deception. Psychological Bulletin, 129(1), 74-118.

Global Deception Research Team. (2006). A world of lies. Journal of Cross-Cultural Psychology, 37(1), 60-74.

Sporer, S., & Schwandt, B. (2007). Moderators of nonverbal indicators of deception. Psychology, Public Policy, and Law, 13(1), 1-34.

Vrij, A. (2008). Detecting Lies and Deceit : Pitfalls and Opportunities. Chichester : Wiley.

Vrij, A., Akehurst, L., & Knight, S. (2006). Police officers’, social workers’, teachers’ and the general public’s beliefs about deception in children, adolescents and adults. Legal and Criminological Psychology, 16(2), 297-312

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