Ne plus croire ses souvenirs

21 septembre 2010 par Frank Arnould

Les souvenirs que nous ne jugeons plus crédibles partageraient de nombreuses similitudes avec ceux que nous croyons toujours vraisemblables.

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Que deviennent nos souvenirs dont la véracité est remise en question ?

Au cours des années 80 et 90 aux États unis et, semble-t-il, un peu plus récemment en France, de nombreux patients ont retrouvé au cours d’une thérapie des souvenirs d’agressions sexuelles infantiles. Souvenirs réels ou suggérés ? Certaines de ces personnes, en tout cas, ont fini pas ne plus croire en ces réminiscences et se sont rétractées (Loftus & Ketcham, 1997).

Étonnamment, les psychologues ne se sont guère penchés sur ces souvenirs auxquels on ne croit plus. Sont-ils fréquents ? Se distinguent-ils des souvenirs que l’on juge toujours crédibles ?

Pour répondre à ces questions, une équipe de chercheurs a interrogé, au Royaume-Uni et au Canada, environ 1500 étudiants d’université (Mazzoni, Scoboria, & Harvey, 2010). Vingt pour cent d’entre eux ont affirmé posséder un souvenir auquel ils ne croyaient plus. Le phénomène serait donc plus fréquent que ce que suggéraient les données anecdotiques disponibles jusqu’à présent.

Les chercheurs ont proposé à ces personnes d’évaluer ces souvenirs sur différents critères, et de faire de même à propos d’un souvenir cru et pour un évènement qu’elles pensaient toujours leur être arrivé, sans pour autant réussir à en avoir un souvenir précis (croyance sans réminiscence).

Le souvenir que ces jeunes adultes ont fini par ne plus croire, généralement à l’adolescence, concernait essentiellement un évènement d’enfance censé avoir été vécu, en moyenne, vers 7 ans. C’est principalement parce qu’une personne tierce les avait informés que ce souvenir était incorrect qu’ils n’y croyaient plus : l’évènement aurait en fait été vécu par un autre individu, comme un frère ou une sœur, ou bien ne se serait jamais produit.

Sur une majorité de critères, les chercheurs ont observé que les souvenirs contestés ne se distinguaient pas des souvenirs jugés crédibles. Ces deux catégories de réminiscence s’accompagnaient du sentiment de pouvoir remonter dans le temps, de revivre l’évènement en question, de refaire l’expérience des mêmes émotions intenses que celles éprouvées à l’époque, de la présence de détails visuels et tactiles, et d’une idée claire de l’endroit où se trouvaient les personnes et les objets. Il n’a donc pas suffi aux participants de ne plus croire en ces souvenirs pour ne plus les vivre avec les mêmes expériences que celles caractéristiques de souvenirs jugés crédibles !

« Le fait que les souvenirs qui ne sont plus crus préservent un sentiment intact de réminiscence soulève des questions concernant l’implantation de faux souvenirs vivaces dans des contextes thérapeutiques et expérimentaux. Qu’arrive-t-il aux représentations mentales d’évènements factices que les clients ont été conduits à ‘se remémorer’ pendant la thérapie et reconnues par la suite comme étant fausses ? Les participants à une expérience sur les faux souvenirs continuent-ils à se remémorer les évènements implantés, même après le debriefing à la fin de l’étude ? L’un des effets d’une implantation réussie d’un faux souvenir vivace à la fois en thérapie et en laboratoire pourrait être la présence à long terme d’un souvenir net de l’évènement qui n’est plus cru », concluent les auteurs (notre traduction).

Références :

Loftus, E., & Ketcham, K. (1997). Le syndrome des faux souvenirs. Paris : Exergue.

Mazzoni, G., Scoboria, A., & Harvey, L. (2010). Nonbelieved memories. Psychological Science, 21(9), 1334 -1340.

Mots clés :

Croyances autobiographiques – Souvenirs autobiographiques – Mémoire autobiographique – Faux souvenirs – Adultes jeunes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

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Allessandro Pinna
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