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Pour quelle raison une arme capture-t-elle l’attention des témoins ?

13 décembre 2007 par Frank Arnould

Les témoins focalisent-ils leur attention sur l’arme brandie par un individu parce que celle-ci est un objet inhabituel et inattendu ? Des chercheurs britanniques viennent de montrer que cette interprétation est juste mais pas suffisante.

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Crédits photo : dudswede
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Des expériences menées en laboratoire révèlent que les témoins focalisent leur attention sur l’arme brandie par un individu. En conséquence, ils se souviennent moins bien de son apparence physique. Il existe deux explications de ce phénomène. Selon la première, les témoins dirigent leur attention préférentiellement sur l’arme car celle-ci constitue un objet menaçant. L’anxiété et le stress générés les conduisent alors à mieux mémoriser l’élément central de la scène (l’arme) et moins bien ses détails périphériques (l’apparence de l’agresseur). Cette interprétation est rarement confirmée par les faits. Par exemple, dans une recherche publiée en 1990 par Thomas Kramer, Robert Buckhout et Paul Eugenio, un effet de focalisation sur l’arme est observé même lorsque les témoins sont peu anxieux. La deuxième explication suggère que l’arme capture l’attention des témoins parce que son apparition est inattendue et peu commune. Cette hypothèse est plus souvent validée. Par exemple, Karen Mitchell, Marilyn Livosky et Mara Mather (1998) ont constaté que, tout comme peut le faire la présence d’une arme, des témoins se souviennent moins bien de l’apparence physique d’une personne brandissant au cours d’une conversation un objet tout à fait inhabituel (dans cette circonstance, une branche de céleri !). En outre, la présence d’une arme n’a pas les mêmes effets sur la mémoire quand elle est habituelle ou incongrue en fonction de la situation. Kerri Pickel (1999) a ainsi découvert que des témoins décrivent tout aussi bien de mémoire l’apparence physique d’un policier qui a tenu une arme à feu ou un téléphone portable. Par contre, ils se souviennent moins bien de la physionomie d’un prêtre lorsque celui-ci brandit le premier objet plutôt que le second !

Récemment, les psychologues britanniques Lorraine Hope, de l’Université de Plymouth, et Daniel Wright, de l’Université du Sussex, ont demandé à des adultes de 20 à 43 ans de visionner une série de diapositives représentant un homme entrant dans une épicerie. Les chercheurs ont constaté qu’un fusil brandi par cet individu attire tout autant l’attention des témoins qu’un objet inhabituel et non menaçant (un plumeau !), et plus qu’un objet neutre (un portefeuille). Cependant, les témoins en présence de l’arme décrivent mieux l’objet vu. En outre, leur mémoire de la personne est la plus mauvaise, spécialement lorsqu’elle est évaluée par une mesure combinant la précision de la reconnaissance des aspects physiques de l’individu et la certitude dans les réponses données.

Les résultats de cette expérience indiquent donc que l’effet de la focalisation sur l’arme n’est pas uniquement le produit d’une réponse d’orientation vers un objet nouveau, inattendu ou surprenant. Contrairement à l’objet inhabituel et non menaçant, l’arme a une signification précise et vitale dans la scène observée, interprétée alors par les témoins comme la représentation d’un vol. Pourtant, un tel acte n’est pas explicitement présenté. C’est cette signification qui, selon les auteurs, appauvrirait la mémoire des éléments immédiatement moins informatifs, comme l’apparence de la personne.

Références :

Kramer, T.H., Buckhout, R., & Eugenio, P. (1990). Weapon focus, arousal an eyewitness memory : Attention must be paid. Law and Human Behavior, 14, 167-184.

Hope, L., & Wright, D. (2007). Beyond unusual ? Examining the role of attention in the weapon focus effect. Applied Cognitive Psychology, 21, 951-961.

Mitchell, K.J., Livosky, M., & Mather, M. (1998). The weapon focus effect revisited : the role of novelty. Legal and Criminological Psychology, 3, 287-303.

Pickel, K.L. (1999). The influence of context on the “weapon focus” effect. Law and Human Behavior, 23, 299-311.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Effet de la focalisation sur l’arme, Mémoire, Attention visuelle, Adultes

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