Pour quelles raisons certains suspects innocents avouent-ils ?

10 avril 2008 par Frank Arnould

Une expérience évalue l’influence de la personnalité, des techniques d’interrogatoire et de la plausibilité des faits, sur la propension des personnes à avouer une maladresse qu’ils n’ont pas commise.

Dans la majorité des cas, les suspects qui avouent sont coupables. Néanmoins, l’actualité judiciaire fait état régulièrement de personnes condamnées sur la base de faux aveux. Quels sont les facteurs poussant des suspects innocents à confesser un crime qu’ils n’ont pas commis ? Pour répondre à cette question, les psychologues Jessica Klaver, Zina Lee et Gordon Rose ont demandé à des étudiants d’Université de participer à une expérience, consistant à évaluer leur aptitude à saisir rapidement des lettres sur un clavier d’ordinateur (Klaver, Lee, & Rose, 2008). Du moins, c’est ce qu’on leur fait croire ! L’expérimentateur leur recommande de ne pas utiliser une touche précise, ce qui, dans le cas contraire, provoquerait un dysfonctionnement de l’ordinateur et une perte des données. Bien entendu, les chercheurs ont prévu un incident de la machine, alors même que le comportement des étudiants n’est pas fautif. Pourtant, 43 % d’entre eux vont signer des aveux dans lesquels ils reconnaissent avoir utilisé la touche interdite. Ils sont 10 % à se sentir vraiment responsables de la situation.

Trois facteurs importants favorisent ces fausses confessions. Elles sont plus nombreuses lorsque l’erreur de saisie est plausible, chez les participants ayant tendance à changer de réponse après un avis négatif, et lorsque l’expérimentateur interroge les participants avec une stratégie de minimisation plutôt que de maximisation des faits. La première technique d’interrogatoire consiste à réduire l’importance de ce qui s’est passé et les conséquences de l’erreur. La seconde repose sur des tactiques d’intimidation et d’exagération de la gravité de la maladresse.

Référence :

Klaver, J. R., Lee, Z., & Rose, V. G. (2008). Effects of personality, interrogation techniques and plausibility in an experimental false confession paradigm. Legal and Criminological Psychology, 13(1), 71-88.

Lecture supplémentaire :

Kassin, S.M., & Gudjonsson, G.H. (2004). The psychology of confessions : A review of the literature and issues. Psychological science in the Public Interest, 5(2), 33-67. Synthèse de la littérature scientifique portant sur la psychologie des aveux. Article accessible en ligne à l’adresse suivante : http://www.psychologicalscience.org/pdf/pspi/pspi5_2.pdf

Mots-clés :

Faux aveux - Personnalité - Suggestibilité -Interrogatoire de police -Plausibilité

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