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Pourquoi certaines personnes se souviennent-elles mieux des visages que d’autres ?

1er février 2012 par Frank Arnould

Une étude révèle l’un des mécanismes cognitifs qui serait responsable des différences individuelles dans la reconnaissance des visages : le traitement holistique.

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L’identification d’un suspect par un témoin oculaire est une étape importante dans une enquête judiciaire. Cependant, l’aptitude à reconnaître les visages varie grandement d’un sujet à l’autre. Certaines personnes sont ainsi capables d’identifier quelqu’un après une seule rencontre, alors que d’autres individus éprouvent des difficultés à reconnaître les visages, et dans les cas les plus extrêmes, même les visages du cercle familial ou ceux d’amis proches.

Une équipe chinoise a identifié l’un des mécanismes qui pourrait être à l’origine de ces différences individuelles (Wang, Li, Fang, Tian, & Liu, 2012). En effet, les chercheurs ont observé que les personnes obtenant un score élevé dans une tâche de reconnaissance de visages étaient plus enclines à traiter les visages de manière holistique que les individus ayant obtenu un score faible. Le traitement holistique consiste à analyser un visage comme un tout indivisible et non comme une collection de traits faciaux.

Dans cette expérience, l’effet des visages composites et l’effet du tout sur la partie (whole-part effect) ont été utilisés pour diagnostiquer les différences individuelles dans le traitement holistique des visages. L’effet des visages composites (Young, Hellawell, & Hay, 1987) apparaît quand les moitiés supérieures d’un visage sont perçues comme étant différentes si elles sont présentées avec les moitiés inférieures de visages différents. L’illusion disparaît quand les deux parties des visages composites ne sont plus alignées [1]. L’effet du tout sur la partie (Tanaka & Farah, 1993) apparaît quand une partie d’un visage (par exemple, le nez) est mieux reconnue si elle est présentée dans le contexte d’un visage complet que si elle est présentée de manière isolée. Dans l’étude chinoise, ces deux phénomènes ont été plus prononcés chez les individus reconnaissant bien les visages que chez les individus ayant des performances plus faibles.

Les chercheurs n’ont pas observé de lien entre la tendance à traiter globalement les objets et la performance en reconnaissance des visages (voir Darling, Martin, Hellmann, & Memon, 2009, pour un constat différent). Ce résultat suggère qu’un mode de traitement spécifique aux visages, le traitement holistique, serait responsable, en partie, de la variabilité dans la reconnaissance des visages. De plus, l’aptitude à reconnaître les visages n’était pas associée à l’aptitude cognitive générale des participants.

Les chercheurs ont proposé d’élargir les résultats de leur étude en incluant des tâches permettant de détecter des différences individuelles dans d’autres types de traitements spécifiques aux visages, comme le traitement des relations de premier ordre, c’est-à-dire décider qu’un stimulus visuel est un visage parce que ses éléments sont arrangés d’une façon bien précise (deux yeux au dessus d’un nez, lui-même au dessus d’une bouche) et le traitement de second ordre, c’est-à-dire, percevoir la distance entre les différents traits d’un visage (Maurer, Le Grand, & Mondloch, 2002).

Références :

Darling, S., Martin, D., Hellmann, J. H., & Memon, A. (2009). Some witnesses are better than others. Personality and Individual Differences, 47(4), 369-373.

Maurer, D., Le Grand, R., & Mondloch, C. J. (2002). The many faces of configural processing. Trends in Cognitive Sciences, 6(6), 255-260.

Tanaka, J. W., & Farah, M. J. (1993). Parts and wholes in face recognition. The Quarterly Journal of Experimental Psychology Section A, 46(2), 225-245.

Wang, R., Li, J., Fang, H., Tian, M., & Liu, J. (2012). Individual differences in holistic processing predict face recognition ability. Psychological Science, 23(2), 169-177.

Young, A. W., Hellawell, D., & Hay, D. C. (1987). Configurational information in face perception. Perception, 16(6), 747 – 759.

Pour en savoir plus sur la reconnaissance des visages :

En français :

Barbeau, E., Joubert, S., & Felician, O. (Éd.). (2008). Traitement et reconnaissance des visages : du percept à la personne. Marseille : Solal.

Baudouin, J.-Y., Chambon, V., & Tiberghien, G. (2009). Expert en visages ? Pourquoi sommes-nous tous... des experts en reconnaissance des visages. L’Évolution Psychiatrique, 74(1), 3-25.

En anglais :

Bruce, V., & Young, A. (2012). Face Perception. Hove : Psychology Press.

Calder, A., Rhodes, G., Johnson, M., & Haxby, J. (Éds.). (2011). The Oxford Handbook of Face Perception. Oxford : Oxford University Press.

Hole G. J., & Bourne, V. (2010). Face Processing : Psychological, Neuropsychological, and Applied Perspectives. Oxford : Oxford University Press.

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Traitement configural – Traitement holistique – Variabilité – Différences individuelles – Mémoire – Cognition – Adultes

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Variations sur la reconnaissance des visages

Crédit photo :

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[1] Une illustration des stimuli utilisés pour étudier cet effet est disponible dans l’article de Bruno Rossion sur la reconnaissance des visages, p. 64, disponible en suivant ce lien.