Pourquoi les suspects innocents avouent-ils parfois ?

28 février 2011 par Frank Arnould

Les suspects prennent parfois des décisions paradoxales, pouvant les conduire aux faux aveux.

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Les analyses de l’ADN (dont on voit ci-dessus une représentation de sa double hélice) indiquent que les faux aveux sont responsables d’une part non négligeable d’erreurs de justice.

Les faux aveux intriguent le grand public. Un suspect peut-il vraiment confesser un crime qu’il n’a pas commis, sachant les risques qu’il court en faisant une telle déclaration ? Ce scepticisme sur la réalité des fausses confessions est pourtant contredit par les données issues de l’Innocence Project, aux États-Unis. Cette organisation non gouvernemantale a pour vocation de disculper des condamnés en procédant à des tests ADN. Parmi les 266 cas d’erreurs de justice sur lesquels elle a travaillé jusqu’à présent, 25 % sont la conséquence, au moins en partie, de faux aveux [1].

Une équipe de psychologues américains vient de découvrir l’une des raisons pouvant conduire des suspects innocents à avouer (Madon, Guyll, Scherr, Greathouse, & Wells, 2012). Dans la première expérience, des étudiants d’université sont interrogés sur leurs comportements criminels et non éthiques passés (par exemple, « Avez-vous volé à l’étalage pour une somme de 25 $ ou plus ? »). Un premier groupe de participants (groupe A) est informé que chaque réponse négative à une question entrainera immédiatement une série de questions répétitives supplémentaire sur le fait (conséquence proximale), et qu’ils seront interrogés dans plusieurs semaines par un policier quand ils répondront affirmativement (conséquence distale). Pour le second groupe de sujets (groupe B) la série de questions répétitives suivra immédiatement l’aveu d’un acte délictueux, sa négation entrainant un interrogatoire ultérieur par le policier. Dans le troisième groupe de participants, les réponses aux questions ne sont suivies d’aucune conséquence particulière.

Les résultats montrent que les individus affirment plus souvent avoir commis des crimes et des actions non éthiques dans le groupe A que dans le groupe B. Les sujets du groupe A préfèreraient donc admettre avoir commis des actes répréhensibles pour éviter les conséquences immédiates d’une négation de ces comportements, ce qui, pourtant, leur fait courir un plus grand risque d’être interrogés plus tard par le policier !

Les chercheurs ont reproduit ce résultat dans une deuxième expérience, dans laquelle la conséquence proximale des réponses était l’interrogatoire par le policier et la conséquence distale, le questionnement répétitif. C’est donc bien la proximité de la conséquence qui joue un rôle, et non l’aversion pour la répétition de questions ou pour un interrogatoire de police.

Selon l’équipe de psychologues, ces données révèlent que les suspects peuvent accorder un poids plus important aux conséquences immédiates de leurs réponses, vraisemblablement parce qu’ils les considèrent comme étant plus certaines de se réaliser, et souffrir d’une sorte de myopie concernant les conséquences lointaines. Certaines méthodes d’interrogatoires, poursuivent-ils, pourraient exacerber cette tendance.

Référence :

Madon, S., Guyll, M., Scherr, K. C., Greathouse, S., & Wells, G. L. (2012). Temporal discounting : The differential effect of proximal and distal consequences on confession decisions. Law and Human Behavior, 36(1), 13-20.

Lecture complémentaire :

Brard, F., & Malgorn, Y. (2011). L’ADN, auxiliaire de justice. Les Dossiers Pour la Science, n° 70, 48-54.

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