Pression sociale et conformisme entre témoins

7 novembre 2007 par Frank Arnould

La présence de plusieurs témoins sur les lieux d’un crime est un phénomène courant. Une expérience confirme que des pressions sociales entre témoins sont possibles, en particulier dans certaines situations.

James Ost, Hossein Ghonouie, Lorna Cook et Aldert Vrij, du Département de Psychologie de l’Université de Portsmouth au Royaume-Uni, ont étudié la pression sociale que peuvent exercer certains témoins sur d’autres. Ils ont demandé à soixante étudiants de visionner une séquence vidéo dans laquelle deux personnes agressent une jeune femme et dérobent son sac à main. Les sujets observent le clip en présence d’un ou de trois autres témoins. Ces derniers sont en fait des complices des expérimentateurs. Les dyades et les groupes de témoins sont ensuite interrogés sur le crime et doivent donner leurs réponses à voix haute. La tâche des complices est alors de donner des réponses fausses à quatre des huit questions posées. De plus, dans certains groupes ou dyades, ceux-ci expriment un haut niveau de certitude dans leurs réponses, alors que dans les autres, ils manifestent un doute. Les sujets de l’expérience donnent toujours leurs réponses et leurs jugements de certitude en dernier.

Le plus intéressant dans cette étude est d’examiner les réponses des sujets lorsqu’ils sont confrontés aux réponses fausses du ou des co-témoins. Le premier résultat à noter est que les sujets ont une tendance plus forte à se conformer aux réponses incorrectes lorsqu’elles sont exprimées par trois co-témoins plutôt que par un seul. Nous avons eu l’occasion d’évoquer sur PsychoTémoins une autre recherche dont les résultats vont dans la direction opposée. Dalton et Paterson (2006) ont ainsi montré que les témoins sont plus influencés par des informations erronées après une discussion dans un groupe de deux personnes (le témoin et le co-témoin complice des expérimentateurs) que dans des groupes de discussion plus larges. Ces résultats contraires peuvent certainement s’expliquer par des différences dans la façon dont sont présentées les fausses informations dans les deux expériences. Dans l’étude de Dalton et Paterson, un seul complice les communique à tout le groupe. Dans l’étude de Ost et al., tous les complices du groupe donnent les mêmes réponses incorrectes. Par conséquent, la pression sociale dans un groupe est alors certainement plus forte que dans une dyade ou que dans un groupe où un seul complice donne des réponses incorrectes.

Le deuxième résultat important montre que les participants acceptent plus volontiers les réponses fausses lorsque les complices les ont exprimées avec un haut niveau de certitude. Dans ce cas, les sujets jugent eux-mêmes leurs réponses (incorrectes) avec un plus haut niveau de confiance. Il faut aussi noter que les participants expriment un niveau de confiance moins élevé lorsqu’ils se conforment aux réponses fausses données par trois complices que lorsqu’ils acceptent celles communiquées par un seul. Pour les auteurs de l’étude, cette donnée suppose que les témoins sont conscients de répondre de manière imprécise lorsque les complices des expérimentateurs sont nombreux.

La présence de plusieurs témoins sur les lieux d’un crime est un phénomène courant. Une enquête menée en Australie révèle ainsi que c’est le cas pour 86 % des témoins interrogés. La majorité d’entre eux ont également rapporté que des discussions entre témoins ont eu lieu à propos de leur expérience commune (Paterson et Kemp, 2006). L’étude de James Ost et de ses collègues confirme que des pressions sociales entre témoins sont possibles, surtout dans certaines situations. Pour celles-ci, les chercheurs estiment qu’il est alors difficile de considérer les différents témoignages comme indépendants les uns des autres.

Références :

Dalton, A.L., & Daneman, M. (2006). Social suggestibility to central and peripheral misinformation. Memory, 14, 486-501.

Paterson, H.M., & Kemp, R. (2006). Co-witnesses talk : A survey of eyewitness discussion. Psychology, Crime & Law, 12, 181-191.

Ost, J., Ghonouie, H., Cook, L. & Vrij, A. (2008).The effects of confederate influence and confidence on the accuracy of crime judgements. Acta Psychologica, 128, 25-32.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Influence sociale, Suggestibilité, Co-témoin, Confiance, Adultes

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