Psychologie des faux aveux

22 août 2008 par Frank Arnould

Pourquoi certaines personnes innocentes sont-elles interrogées ? Pour quelles raisons peuvent-elles avouer un crime qu’elles n’ont pas commis ? Comment comprendre qu’elles puissent être condamnées ? Le psychologue Saul M. Kassin répond à ces différentes questions.

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Saul M. Kassin, du Département de psychologie au John Jay College of Criminal Justice à New York, États-Unis, est l’un des spécialistes de la psychologie des aveux. Dans un article paru dans la revue Current Directions in Psychological Science, il fait le point sur les travaux essayant de comprendre les raisons poussant certains suspects innocents à avouer un crime qu’ils n’ont pas commis.

Bien qu’il n’existe pas d’estimation précise du taux de faux aveux, ce phénomène serait peut-être plus fréquent qu’on ne le croit. Certaines analyses indiquent que 20 à 25 % des prisonniers disculpés par des analyses ADN ont été condamnés après de fausses confessions. Ce ne serait en fait que la partie visible de l’iceberg.

Saul Kassin rappelle tout d’abord qu’il est nécessaire de distinguer trois formes de fausses confessions : les faux aveux volontaires, les faux aveux par soumission et les faux aveux internalisés.

Il arrive que des suspects avouent de leur plein gré un crime qu’ils n’ont pas commis. Ils le font pour des raisons pathologiques ou pour protéger une personne, par exemple.

Certains suspects peuvent aussi avouer par soumission un crime dont ils ne sont pas responsables, espérant ainsi échapper à un interrogatoire stressant, éviter une punition, obtenir une récompense ou la clémence. Ils recherchent ainsi un bénéfice à court terme au dépend du coût à long terme de leur confession.

Enfin, d’autres suspects innocents et vulnérables avouent et, en raison d’un interrogatoire très suggestif, finissent même par intégrer l’idée d’être réellement l’auteur du crime.

N’est-il pas étonnant d’apprendre que des personnes innocentes ont pu être intérrogées ? Les enquêteurs ne s’apercoivent-ils pas rapidement qu’elles ne sont en rien impliquées dans l’affaire ? En fait, la recherche scientifique montre que nous avons de grandes difficultés à distinguer la vérité du mensonge, les policiers n’étant pas systématiquement plus performants que le grand public dans cette tâche. Certains travaux montrent même que l’apprentssage à les différencier n’est pas forcément couronné de succès ! Par ailleurs, certains manuels de formation à l’interrogatoire contiennent des informations erronées sur les signes indicateurs du mensonge et de l’honnêteté.

Plusieurs techniques d’interrogatoire pourraient pousser les suspects aux faux aveux. De nombreux travaux ont montré que des informations erronées et communiquées après les faits peuvent modifier les souvenirs, les croyances et les comportements des personnes. Interroger un suspect en le soumettant à des preuves fictives pourrait avoir un effet similaire.

Une autre stratégie d’interrogatoire semble aussi particulièrement dangereuse : la technique de minimisation. Dans ce contexte, l’enquêteur minimise le crime, manifeste de la sympathie envers le suspect et justifie moralement les faits présumés. Plusieurs travaux montrent que cette méthode d’interrogation augmente le risque de fausse confession.

Le risque de faux aveux est également plus élevé chez certaines personnes ayant tendance à se soumettre facilement et chez celles étant suggestibles. Il est aussi plus important en raison de la jeunesse des suspects ou de différentes difficultés psychologiques

D’autres recherches indiquent que jurés et policiers présentent des difficultés à distinguer les vrais des faux aveux. En outre, plusieurs études expérimentales montrent que les premiers accordent une place importante aux confessions pour décider du verdict, même s’ils sont pleinement conscients que celles-ci ont été obtenues sous la contrainte !

Référence :

Kassin, S.M. (2008). False confessions : Causes, consequences, and implications for reform. Current Directions in Psychological Science, 17(4), 249-253.

Lecture supplémentaire :

Kassin, S.M., & Gudjonsson, G.H. (2004). The psychology of confessions : A review of the literature and issues. Psychological science in the Public Interest, 5(2), 33-67. Synthèse de la littérature scientifique portant sur la psychologie des aveux. Article accessible en ligne à l’adresse suivante : http://www.psychologicalscience.org/pdf/pspi/pspi5_2.pdf

Mots clés  :

Faux aveux - Interrogatoire de police - Erreur de justice - Condamnation - Jurés

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