Psychologie des jurés : dire et juger

25 novembre 2010 par Frank Arnould

Les jurés prennent-ils toujours des décisions en accord avec ce qu’ils savent des facteurs influençant un témoignage oculaire ?

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Vue du Palais de justice, Paris

Une équipe de psychologues américains vient de faire une étrange découverte (Alonzo & Lane, 2010). Un groupe d’adultes volontaires est invité à lire plusieurs courtes retranscriptions de procès. Chaque histoire met en scène un facteur différent pouvant influencer la mémoire du témoin oculaire, comme, par exemple, la présence d’une arme.

Après la lecture de chaque cas de justice, les participants répondent à une question très simple : « Sur l’unique base de son témoignage, pensez-vous que (nom du témoin) est précis ou imprécis ? ».

Dans un second temps, les participants remplissent un questionnaire évaluant leurs connaissances des facteurs pouvant influencer la mémoire, facteurs identiques à ceux présentés dans les affaires de justice qu’ils ont eu à juger. Par exemple, ils doivent indiquer leur degré d’accord avec la proposition suivante : « La présence d’une arme détériore l’aptitude d’un témoin oculaire à identifier avec précision le visage du délinquant ».

Les résultats de l’étude sont plutôt surprenants. Les connaissances que les participants expriment dans le questionnaire ne permettent pas de prédire leur manière de juger les témoins oculaires dans des cas de justice précis !

Pour quelles raisons les personnes n’agissent-elles pas systématiquement en accord avec les connaissances qu’elles expriment par ailleurs ? Les auteurs de l’étude envisagent plusieurs explications. Premièrement, les jurés peuvent connaître un facteur influençant le témoignage, mais ne le reconnaissent pas comme étant pertinent dans une affaire de justice particulière. Deuxièmement, les formulations dans les questionnaires d’enquête sont plutôt générales et ne correspondent pas aux situations précises de témoignages réels. Troisièmement, jugeant les faits, les jurés potentiels n’activeraient pas certaines connaissances si celles-ci ne les concernent pas directement ou s’ils n’y croient que faiblement. Enfin, il est possible que les participants ne comprennent pas toujours les questions d’enquête, car celles-ci sont formulées de manière trop formelle.

Classiquement, les connaissances portant sur le témoignage oculaire de jurés potentiels sont mesurées à l’aide de questionnaires d’enquête. Ces nouvelles données devraient inciter les chercheurs à réfléchir sur les avantages et les faiblesses de cette méthode (voir Read & Desmarais, 2009, pour une analyse critique de la technique).

L’étude qui vient d’être présentée souffre d’un problème récurrent des recherches sur les décisions de jurés. Les participants ont jugé individuellement les affaires de justice. Or, pendant un procès réel, les jugements sont rendus après délibération.

Références :

Alonzo, J. D., & Lane, S. M. (2010). Saying versus judging : Assessing knowledge of eyewitness memory. Applied Cognitive Psychology, 24(9), 1245-1264.

Read, J. D., & Desmarais, S. L. (2009). Lay knowledge of eyewitness issues : A Canadian evaluation. Applied Cognitive Psychology, 23(3), 301-326.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Jurés – Mémoire – Questionnaire – Connaissances – Adultes

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