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Quel langage utilisent les professionnels de santé pour interroger les enfants présumés victimes d’agressions sexuelles ?

4 avril 2008 par Frank Arnould

Une étude finlandaise montre que, dans les cas d’agressions sexuelles infantiles présumés, les psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux n’adaptent pas toujours leur langage à celui des enfants qu’ils interrogent.

Interroger des enfants est une tâche excessivement difficile. Parmi les contraintes à surmonter, l’intervieweur doit ajuster son langage et la forme de ses communications à leurs compétences verbales et cognitives.

Julia Korkman et ses collègues du département de psychologie de l’Université Åbo Akademi en Finlande, viennent de montrer que les professionnels de la santé mentale ne pratiquent pas systématiquement ce genre d’adaptation lorsqu’ils s’entretiennent avec des enfants âgés de 3 à 8 ans, victimes présumées d’aagressions sexuelles.

En effet, les psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux finlandais [1] de l’étude utilisent des phrases longues et complexes, et peuvent poser plusieurs questions en même temps (ne permettant pas à l’enfant de répondre à chacune d’elle indépendamment) [2].

Les références à des personnes, situations ou lieux ne sont pas toujours exprimées de façon claire. En outre, les changements rapides de sujet de conversation sont fréquents, en particulier avec les enfants les plus jeunes. Les intervieweurs introduisent le plus souvent le problème de l’agression avec des questions suggestives et tendancieuses. Si des informations sont bien recueillies de cette manière, les réponses des enfants risquent d’être moins précises.

Les professionnels de santé mentale n’ont donc pas réussi à rester toujours simples quand ils ont communiqué avec leurs jeunes interlocuteurs. Des adultes auraient même pu avoir des difficultés à maîtriser certaines de leurs formulations.

Référence :

Korkman, J., Santtila, P., Drzewiecki, T., & Sandnabba, N.K. (2008). Failing to keep it simple : Language use in child sexual interviews with 3-8-year-old children. Psychology, Crime & Law, 14(1), 41-60.

Mots-clés :

Témoignage, Langage, Entretien, Aptitude verbale, Aptitude cognitive, Abus sexuel, Mémoire, Enfants d’âge préscolaire, Enfants d’âge scolaire


[1] Les auteurs de l’article nous apprennent, qu’en Finlande, il n’y a pas eu, jusqu’à récemment, de formation des professionnels de santé mentale à l’interrogation des enfants victimes d’abus sexuels. Il n’existe d’ailleurs toujours pas de formation systématique.

[2] Ces modes de questionnement sont utilisés plus souvent avec les enfants les plus âgés, ce qui dénote tout de même d’une certaine sensibilité des intervieweurs à l’âge des victimes présumées.