Quelles sont les erreurs que commettent les témoins oculaires ?

14 octobre 2009 par Frank Arnould

La mémoire des témoins oculaires n’est pas toujours très fiable. Quels types de méprises commettent-ils ? Certaines erreurs sont-elles plus fréquentes que d’autres ?

PNG - 30 ko

Des chercheurs américains ont proposé à de jeunes adultes volontaires de visionner l’une ou l’autre des photographies de crime retenues pour l’étude. Celles-ci ont été réalisées à l’aide de policiers expérimentés, afin de proposer aux « témoins » de l’expérience des situations proches de la réalité. Ces clichés décrivaient une scène de crime potentiellement violente dans laquelle un homme ou une femme brandissait un pistolet ou un outil. Selon les cas, les photographies étaient présentées pendant 0,5 seconde, 2 secondes ou 5 secondes. Les conditions d’expérience étaient optimales (éclairage correct, absence d’occlusion d’éléments importants de la scène…). Les participants ont été ensuite interrogés sur ce qu’ils avaient vu. L’interrogatoire a débuté par des questions ouvertes (« Que s’est-il passé ? »), suivies de questions plus directes.

Les résultats ont montré que les erreurs commises pouvaient être groupées en cinq catégories :

- Erreurs portant sur les vêtements et les attributs physiques du malfaiteur (188 % [1])
- Erreurs portant sur des détails de l’environnement (91 %)
- Erreurs portant sur le genre ou l’origine ethnique du malfaiteur (23 %)
- Erreurs portant sur l’arme (57 %)
- Inférences, extrapolations et imagination (124, 5 %)

Certains types d’erreurs se sont donc avérés être plus fréquents que d’autres. Étonnamment, les méprises résultant d’inférences, d’extrapolations ou de l’imagination des témoins ont été parmi les plus nombreuses. Certains participants ont ainsi imaginé les actions futures du malfaiteur ou de sa victime, ont attribué des intentions ou des émotions à l’un ou l’autre des protagonistes ou encore ont reconstruit tout un contexte (backstory) conduisant au crime. Deux participants se sont même directement introduits dans l’histoire !

Dans des conditions réelles de crime, moins optimales que celles de l’expérience, les auteurs de cette étude ont estimé que la fréquence des erreurs commises par les témoins oculaires pourrait bien être plus élevée. Des recherches futures devront confirmer la pertinence de la classification de ces erreurs, ainsi que les taux constatés, en particulier quand d’autres situations criminelles sont concernées et quand d’autres techniques d’entretien sont utilisées.

Référence :

Sharps, M., Janigian, J., Hess, A., & Hayward, B. (2009). Eyewitness memory in context : Toward a taxonomy of eyewitness errors. Journal of Police and Criminal Psychology, 24(1), 36-44.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Fiabilité – Mémoire – Erreur – Classification – Adultes

Crédit photo :

Beard Papa
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Les pourcentages supérieurs à 100 indiquent que, en moyenne, chaque participant a commis plus d’une erreur dans la catégorie concernée.