Qui détectent le mieux les mensonges ?

30 avril 2012 par Frank Arnould

… Les bons menteurs.

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La recherche scientifique sur la détection du mensonge connaît actuellement de profondes mutations. Les psychologues Aldert Vrij et Pär Granhag, deux spécialistes de la question, constatent en effet que les travaux menés jusqu’à présent conduisent dans une impasse (Vrij & Granhag, 2012).

En effet, les expériences se sont déroulées presque invariablement de la manière suivante : les participants regardaient passivement des enregistrements vidéo de personnes mentant ou disant la vérité à propos de sujets divers, puis ils devaient décider qui étaient honnêtes et qui essayaient de les tromper. Or, dans ce type de matériel, les indices du mensonge et de vérité sont trop peu nombreux et ne sont pas très fiables.

Les deux psychologues recommandent aux chercheurs de se concentrer désormais sur les questions que l’interviewer devrait poser à son interlocuteur afin de provoquer l’apparition des indices du mensonge et de maximiser les différences entre mensonge et vérité. Ils suggèrent donc de substituer une approche active de l’interrogatoire à une approche passive. Plusieurs méthodes d’entretien reposant sur cette idée sont actuellement en cours d’évaluation et les premiers résultats sont prometteurs (lire l’article Détecter le mensonge : l’approche cognitive sur PsychoTémoins pour une présentation de ces techniques).

Par ailleurs, dans la vie de tous les jours, le mensonge est un processus dynamique se manifestant au cours d’interactions sociales. Or, comme l’ont constaté Gordon Wright, de l’Université de Londres, et ses collègues, peu de travaux ont étudié le mensonge et sa détection dans un contexte interactif (Wright, Berry & Bird, 2012). Ces chercheurs ont essayé de pallier ce manque en inventant une nouvelle situation expérimentale.

Les participants ont d’abord répondu individuellement à une enquête d’opinion sur différents sujets de société. Chacun à leur tour, ils ont ensuite été priés de mentir ou de dire la vérité, devant d’autres participants, à propos de leurs déclarations dans l’enquête, en essayant systématiquement de paraître le plus crédible possible. Les autres membres du groupe, de leur côté, devaient juger leur sincérité. Chaque participant jouait donc alternativement le rôle de « communicateur » (dire la vérité ou mentir) et de juge (détecter le mensonge et la vérité).

Afin de rendre la situation plus motivante, et de provoquer une sorte de compétition entre participants, deux prix de 50£ chacun étaient prévus : l’un récompensait l’individu qui avait été jugé comme le plus crédible et l’autre honorait celui qui avait jugé le niveau de sincérité de ses interlocuteurs avec le plus de précision.

Dans l’ensemble, les participants ont détecté le mensonge et la vérité avec un taux de précision de 54,1 %, une performance à peine supérieure au niveau de la chance (50 %). Ce chiffre n’a rien d’étonnant. Il est conforme à ce qu’ont constaté Bond et DePaulo (2006), après avoir réalisé une méta-analyse de travaux sur la détection du mensonge .

Si ce taux indique que la détection du mensonge et de la vérité est une tâche difficile, certains participants s’en sont mieux sortis que d’autres. Les menteurs efficaces, c’est-à-dire les participants qui, en mentant, ont réussi à être crédibles, ont été ceux qui ont le mieux distingué le mensonge de la vérité chez leurs interlocuteurs.

Il existerait donc une aptitude générale au mensonge, qui influencerait à la fois la capacité à produire et à détecter les mensonges, ont conclu les chercheurs. L’étude a de plus montré que cette aptitude ne serait pas liée au niveau intellectuel des sujets (quotient intellectuel), ni même à leur aptitude à l’empathie ou à leur capacité à identifier et à décrire leurs propres émotions.

Références :

Bond, C. F., & DePaulo, B. M. (2006). Accuracy of deception judgements. Personality and Social Psychology Review, 10(3), 214–234.

Vrij, A., & Granhag, P. A. (2012). Eliciting cues to deception and truth : What matters are the questions asked. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 1(2), 110-117. doi:10.1016/j.jarmac.2012.02.004

Wright, G. R. T., Berry, C.J., & Bird, G. (2012). « You can’t kid a kidder » : Association between production and detection of deception in an interactive deception task. Frontiers in Human Neuroscience, 6, 87. doi:10.3389/fnhum.2012.00087. Accès libre en ligne

Mots clés :

Mensonge - Détection du mensonge - Interaction sociale - Motivation - Différences individuelles - Adultes

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