Receuil des témoignages oculaires : établir le contact

14 avril 2011 par Frank Arnould

Mettre à l’aise un témoin oculaire avant de commencer l’entretien sur les faits influence la qualité de son témoignage et sa résistance aux suggestions trompeuses.

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Plusieurs protocoles de recueil des témoignages, comme l’Entretien Cognitif, recommandent aux enquêteurs de tisser des liens avec le témoin oculaire d’un crime, avant de procéder à l’audition sur les faits. Chez l’adulte, la justesse de cette recommandation n’a fait l’objet que d’un nombre très restreint de recherches empiriques.

Des psychologues américains publient les résultats d’une nouvelle étude sur le sujet. Un groupe d’étudiants d’université, âgés, en moyenne, de 20 ans, visionne un court extrait vidéo dans lequel une scène de vol est dépeinte. Ces « témoins » prennent ensuite connaissance d’un rapport de police décrivant l’infraction. Pour une partie des participants, ce document contient plusieurs suggestions erronées sur les faits.

Avant d’être interrogés sur le vol, l’interviewer commence par tisser verbalement un lien avec les témoins, d’une manière uni- ou bidirectionnelle. Dans le premier cas, il s’enquiert, avec délicatesse, de leur vie personnelle, alors que dans le deuxième cas, il se permet en plus de divulguer des informations concernant sa propre vie privée. Dans une autre situation expérimentale, l’interviewer ne manifeste aucune volonté pour mettre à l’aise ses interlocuteurs. L’audition sur les faits, qui suit cette première phase de l’entretien, repose sur l’utilisation de questions ouvertes puis de questions ciblées.

Que constatent les chercheurs ? Les témoins mis à l’aise par l’interviewer produisent des témoignages de meilleure qualité et résistent mieux aux suggestions trompeuses, surtout quand ils répondent aux questions ouvertes. Un témoin à l’aise est donc un meilleur témoin.

Nul besoin pour l’interviewer de se dévoiler lui-même afin d’établir le contact, puisque les témoins vivent l’entretien de façon tout aussi positive et amicale s’ils sont seuls à délivrer des informations sur leur vie personnelle.

Les résultats, notent les auteurs de l’étude, suggèrent que ce n’est pas le temps passé à créer un lien avec le témoin qui importe, mais bien plus la qualité des échanges entre l’interviewer et son interlocuteur.

Référence :

Vallano, J. P., & Compo, N. S. (2011). A comfortable witness is a good witness : rapport-building and susceptibility to misinformation in an investigative mock-crime interview. Applied Cognitive Psychology, 25(9), pp. 960-970.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Entretien – Contact social – Communication – Mémoire – Suggestibilité – Informations trompeuses – Police – Adulte jeunes

Crédit photo :

svenwerk
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