Reconnaissance des visages et appartenance sociale

3 décembre 2009 par Frank Arnould

Nous nous souviendrions mieux des personnes appartenant à notre groupe social.

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Les psychologues étudient intensivement depuis une quarantaine d’années le phénomène suivant. Nous nous souvenons généralement mieux des visages de notre ethnie d’appartenance que de ceux représentant d’autres groupes ethniques.

Ce fonctionnement particulier de la mémoire pourrait avoir une conséquence fâcheuse : le risque de commettre des erreurs d’identification serait plus grand quand témoins oculaires et malfaiteurs sont « racialement » distincts.

Un tel biais de reconnaissance des visages en faveur de l’ethnie d’appartenance a été reproduit dans de nombreuses études (Meissner & Brigham, 2001). Cependant, les chercheurs ne sont pas encore parvenus à un accord pour lui trouver une explication.

Certains d’entre eux pensent que nous reconnaissons mieux les membres de notre endogroupe ethnique parce que ce sont les personnes les plus présentes dans notre entourage. Nous acquérons ainsi une expertise dans le traitement de leurs visages. Ce n’est pas le cas pour les visages d’ethnies différentes que nous côtoyons moins régulièrement.

D’autres chercheurs pensent que le phénomène est le résultat d’un processus de catégorisation sociale. Nous aborderions différemment les visages selon que nous les classons ou non comme membres de notre groupe social.

Une expérience récente confirme une nouvelle fois ce point de vue (Hehman, Mania, Gaertner, 2010). Des étudiants blancs devaient mémoriser à chaque essai huit visages de personnes inconnues, dont quatre étaient d’origine européenne et quatre d’origine africaine. Certaines de ces personnes étaient présentées comme poursuivant leurs études dans la même université que celle des participants, les autres les effectuant dans une université différente.

Quand, pendant la phase de mémorisation, ces visages étaient regroupés par ethnie, les participants reconnaissaient ensuite mieux les visages européens que les visages africains, quelle que soit l’université d’appartenance. Par contre, quand ces visages étaient regroupés en fonction de l’affiliation universitaire, les participants se souvenaient mieux des personnes inscrites dans leur université que de celles inscrites dans une université différente, l’origine « raciale » des individus n’ayant pas eu d’influence sur la mémoire.

Ces résultats indiquent donc que le biais lié à l’appartenance ethnique dans la reconnaissance des visages peut être éliminé quand une dimension autre que la « race » est suffisamment saillante pour susciter une recatégorisation sociale des personnes.

Références :

Hehman, E., Mania, E. W., & Gaertner, S. L. (2010). Where the division lies : Common ingroup identity moderates the cross-race facial-recognition effect. Journal of Experimental Social Psychology, 46(2), 445-448.

Meissner, C. A., & Brigham, J. C. (2001). Thirty years of investigating the own-race bias in memory for faces : A meta-analytic review. Psychology, Public Policy, and Law, 7(1), 3-35.

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Effet interethnique – Mémoire – Catégorisation sociale – Cognition – Adultes

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