Recueil du témoignage oculaire chez l’adulte autiste

23 mars 2010 par Frank Arnould

L’entretien cognitif est reconnu comme une méthode efficace pour recueillir les déclarations auprès de différentes populations de témoins. Son utilisation est-elle également indiquée chez l’adultes autiste ?

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Comment recueillir les déclarations d’adultes autistes témoins d’une scène violente ?

L’entretien cognitif est une technique efficace de recueil des témoignages ayant fait l’objet de nombreuses évaluations publiées dans la littérature scientifique (voir, par exemple, Ginet, 2003, pour une revue de la question). Des policiers à travers le monde sont désormais formés à cette méthode, notamment en France.

Brièvement, l’entretien cognitif, dans sa version d’origine, est un ensemble d’aides mnémoniques, élaborées à partir de travaux sur la mémoire, permettant au témoin de mieux se souvenir des faits. Celui-ci est ainsi invité à restaurer mentalement le contexte physique et psychologique présent au moment du crime, à fournir le rappel le plus exhaustif possible des évènements, à essayer de se les remémorer dans l’ordre chronologique inverse et en prenant une autre perspective que la sienne.

Si l’entretien cognitif a montré son efficacité auprès de différentes populations, une équipe de psychologues britanniques (Maras & Bowler, 2010) a évalué pour la première fois son intérêt pour le recueil des témoignages d’adultes autistes ne présentant pas de détérioration intellectuelle. Ces personnes, ainsi que des sujets sans pathologie, visionnaient dans un premier temps l’enregistrement vidéo d’une scène de crime modérément violente. Quelques minutes plus tard, ils devaient se souvenir des faits.

Interrogés au moyen d’un entretien de police structuré standard, la quantité et la qualité des témoignages des deux groupes étaient identiques. Par contre, si l’entretien cognitif a été bénéfique pour les individus du groupe contrôle, les personnes autistes n’ont pas rappelé plus d’informations correctes qu’avec un entretien standard. De plus, l’entretien cognitif les a conduits à commettre plus d’erreurs, diminuant ainsi la précision de leurs déclarations.

Les auteurs de cette étude recommandent donc aux enquêteurs de faire preuve de prudence s’ils souhaitent utiliser l’entretien cognitif avec des adultes autistes.

Références :

Ginet, M. (2003). Les clés de l’entretien avec le témoin ou la victime. Paris : La documentation française.

Maras, K.L., & Bowler, D.M. (2010). The cognitive interview for eyewitness with autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 40(11), 1350-1360.

Mots clés :

Entretien cognitif — Témoignage oculaire — Mémoire – Autisme — Adultes

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