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Recueillir le témoignage de jeunes enfants : pas besoin d’accessoires ?

31 mars 2010 par Frank Arnould

Pour recueillir le témoignage de jeunes enfants, que vaut un entretien clinique accompagné d’accessoires face un entretien policier purement verbal ?

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Une équipe de psychologues norvégiens et américains a comparé l’efficacité relative de deux méthodes d’entretien utilisées dans le recueil des témoignages de jeunes enfants (Melinder et al., 2010). Près d’une soixantaine de participants, âgés en moyenne de quatre ans, a pris part à l’expérience. Après avoir passé un examen médical, les enfants ont été interrogés une seule fois (six semaines après les faits) ou à deux reprises (deux et six semaines après les faits) à propos de cet évènement modérément stressant.

L’entretien a été mené par un policier ou par un psychologue clinicien. Dans le premier cas, il a été exclusivement verbal, dans le second, l’interviewer a aussi proposé à l’enfant d’utiliser différents accessoires (poupées, peluches, jouets représentant des objets médicaux utilisés ou non pendant l’examen) censés l’aider à mieux se souvenir des faits et à surmonter ses difficultés de communication. À la fin de l’étude, tous les enfants ont été invités à se souvenir librement de l’évènement en question.

Les policiers ont utilisé un questionnement plus ouvert que celui pratiqué par les psychologues cliniciens utilisant des accessoires. Ils se sont aussi moins écartés du sujet de l’entretien que ces derniers. L’utilisation d’accessoires a donc certainement distrait les enfants de l’objectif de l’entretien. Cependant, même chez les policiers, l’usage de questions ouvertes, pourtant largement recommandé, a été moins fréquent que celui de questions directes ou à indice.

L’entretien clinique avec accessoires a permis aux enfants de rejeter plus souvent, surtout lors du premier interrogatoire, des informations incorrectes proposées par l’interviewer, essentiellement parce que ce type d’informations a été proposé plus couramment que dans l’entretien policer verbal.

Les erreurs de commission (rapporter des faits qui ne sont pas déroulés) ont été plus nombreuses au cours de l’entretien clinique que de l’entretien policier. Néanmoins, ces erreurs ne se sont pas spécialement reproduites dans l’entretien libre final : les enfants y ont commis peu d’erreurs et aucune différence n’a été constatée selon la manière dont ils avaient été précédemment interrogés.

Les résultats ont montré également que les jeunes participants dont les parents fonctionnaient sur un mode d’attachement anxieux avec leur enfant se sont vus posés un plus grand nombre de questions trompeuses. Ce phénomène a été plus prononcé dans l’entretien clinique avec accessoires, bien que de manière statistiquement non significative.

De bonnes performances à un test d’intelligence verbale se sont avérées être un avantage pour les enfants interrogés de manière purement verbale. Ce sont les enfants ayant obtenu de plus faibles scores dans cette épreuve qui se sont vus posés le plus grand nombre de questions trompeuses dans l’entretien clinique avec accessoires.

« Comparé aux entretiens verbaux réalisés par des policiers, les résultats suggèrent provisoirement que les entretiens cliniques assistés d’accessoires présentent, sous certaines conditions (par exemple, avec l’utilisation de jouets distracteurs) un risque accru d’imprécision des souvenirs chez les jeunes enfants », concluent les auteurs (p. 174, notre traduction).

Référence :

Melinder, A., Alexander, K., Cho, Y. I., Goodman, G. S., Thoresen, C., Lonnum, K., & Magnussen, S. (2010). Children’s eyewitness memory : A comparison of two interviewing strategies as realized by forensic professionals. Journal of Experimental Child Psychology, 105(3), 156-177.

Mots clés :

Entretien clinique – Entretien policier – Recueil des témoignages – Accessoires – Mémoire – Aptitude verbale – Vocabulaire – Aptitude intellectuelle – Attachement affectif – Relation parent enfant – Différences individuelles – Stress – Policier – Psychologue clinicien - Enfants d’âge préscolaire

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Sous-rubrique Actualités de la recherche - Témoignages d’enfants

Crédit photo :

clairity
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