Réduire « l’effet de rétroaction post-identification » ?

21 juin 2007 par Frank Arnould

Une personne se juge rétrospectivement être un meilleur témoin lorsque son identification d’un suspect a été confirmée par l’administrateur du tapissage, même si le suspect est en réalité complètement innocent. C’est l’effet de rétroaction post-identification. Une équipe de recherche a testé deux procédures pour réduire ce biais.

A plusieurs reprises sur PsychoTémoins, nous avons rendu compte de recherches récentes portant sur un phénomène particulièrement robuste découvert les psychologues spécialistes du témoignage oculaire : l’effet de rétroaction post-identification. De quoi s’agit-il ? Supposons que la personne qui administre le tapissage connaît l’identité du suspect présenté dans la parade d’identification. Si le témoin choisit ce dernier, l’administrateur de la parade peut être tenté de lui signifier que la personne désignée est bien celle qui a été appréhendé par la police.

Plusieurs résultats expérimentaux, basés sur des simulations de témoignage, montrent que, dans ce type de situation, les témoins s’estiment plus confiants dans leur choix, pensent avoir eu une meilleure vue du suspect ou encore avoir désigné le suspect dans la parade avec plus de facilité, et ce, par rapport aux témoins dont l’identification n’a pas été commentée positivement. Confirmer l’identification conduit donc les personnes à se juger en quelque sorte comme étant de bien meilleurs témoins, même lorsqu’elles ont en fait identifié un innocent ! On imagine fort bien l’effet dramatique que peuvent alors avoir ces déclarations, par exemple, sur les jurés qui devront juger la culpabilité de l’accusé.

Neuschatz et différents collaborateurs (Neutschatz et al., 2007) viennent de montrer que le fait de rendre les témoins méfiants sur les motivations de l’expérimentateur ayant confirmé leur choix dans le tapissage, réduit l’effet de rétroaction post-identification sur une majorité d’aspects, dont le niveau de certitude. Le soupçon envers l’expérimentateur est efficace aussi bien lorsqu’il est induit immédiatement après l’identification et la confirmation qu’une semaine plus tard.

Les auteurs ont également testé une autre procédure pour tenter deréduire le biais. Les témoins doivent d’abord estimer la certitude dans leur choix avant que celui-ci soit confirmé par l’administrateur du tapissage. Cette méthode réduit l’effet uniquement lorsque les témoins jugent leur mémoire du crime et la situation du témoignage immédiatement mais pas après un délai d’une semaine.

Référence :

Neuschatz, J.S., Lawson, D.S., Fairless, A.H., Powers, R.A., Neuschatz, J.S., Goodsell, C.A., & Toglia, M.P. The mitigating effects of suspicion on post-identification feedback and on retrospective eyewitness memory. Law and Human Behavior, 31, 231-247.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Effet de rétroaction post-identification, Mémoire, Suggestibilité, Influence sociale, Confiance, Tapissage, Suspicion.

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