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Réduire les erreurs d’identification chez les témoins oculaires âgés

29 mai 2009 par Frank Arnould

Comment réduire les erreurs d’identification de suspects chez les adultes âgés ? Deux techniques testées.

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Les psychologues recommandent aux policiers d’avertir le témoin qui va participer à une séance d’identification que le coupable du crime peut être présent ou absent parmi les personnes qui lui feront face. Cette instruction permet en effet de réduire les risques d’erreurs d’identification, en particulier quand la parade est composée uniquement d’individus innocents. Dans cette situation, une expérience publiée en 1981 par Roy Malpass et Patricia Devine montre, par exemple, que 33 % des témoins identifient par erreur une personne innocente quand cette consigne est appliquée, contre 78 % lorsqu’elle ne précise pas que le coupable peut aussi être absent de la parade.

Selon les résultats de plusieurs études, les témoins oculaires âgés ne sont pas forcément sensibles à cet avertissement et ont tendance à l’oublier. Voilà l’une des raisons pour lesquelles les seniors commettent plus fréquemment des erreurs d’identification dans les tapissages composés d’innocents.

Afin de prévenir ces erreurs chez les personnes âgées, les psychologues Rachel Wilcock et Ray Bull ont l’idée de renforcer cette consigne standard d’avertissement par l’ajout de l’une ou l’autre des deux procédures suivantes. La première technique consiste à poser aux témoins trois questions avant la séance d’identification : 1) « Avez-vous un souvenir clair du visage du criminel ? » ; 2) « En ayant à l’esprit que le coupable peut être présent dans la parade d’identification, dans quelle mesure êtes-vous sûr de pouvoir le reconnaître précisément, c’est-à-dire, l’identifier si vous voyez sa photographie dans la parade ? » ; 3) « En ayant à l’esprit que le coupable peut-être absent de la parade d’identification, dans quelle mesure êtes-vous sûr de pouvoir correctement rejeter la parade, c’est-à-dire, décider qu’aucune des personnes n’est le coupable si sa photographie n’est pas présente ? ». L’expérimentateur poursuit de la façon suivante : « Je vous ai posé ces questions parce que la performance d’adultes jeunes/d’adultes âgés est bonne quand le délinquant est présent dans la parade. Cependant, quand il en est absent, la performance est plus mauvaise. Ainsi, dans une parade contenant le délinquant, nous souhaitons que votre identification soit correcte, mais dans une parade ne contenant pas le délinquant, nous souhaitons que vous preniez plus de soin pour vous décider et dire Aucun d’eux si le visage du délinquant n’est pas présent ».

La seconde technique est un exercice précédant lui aussi la séance d’identification, au cours duquel les témoins apprennent à rejeter une parade ne contenant pas un visage précis. L’expérimentateur poursuit de la façon suivante : « Je vous ai montré cette parade d’identification pour illustrer le fait que les tapissages de police ne présentent pas tous l’auteur du crime, la police commettant quelquefois des erreurs. Vous devez être conscient de cela quand vous ferez face à de vraies parades d’identification ».

L’efficacité de ces procédures est testée dans deux expériences. Dans la première, des adultes jeunes (de 18 à 35 ans) et âgés (de 60 à 86 ans) visionnent une courte séquence vidéo montrant le vol d’une automobile par un jeune homme. Quelques minutes plus tard, les participants sont invités à identifier le voleur. Quand celui-ci n’est pas présent dans la parade, les témoins âgés commettent un plus grand nombre d’erreurs d’identifications que leurs cadets. Cependant, ces erreurs sont moins fréquentes chez les séniors ayant reçu l’une ou l’autre des nouvelles instructions d’avertissement, par rapport aux séniors du groupe contrôle n’ayant été formés à aucune de ces consignes.

Quand le voleur est dans la parade, les témoins âgés se comportent de la même façon que les témoins plus jeunes. Les nouvelles consignes d’avertissement n’ont pas d’effet significatif sur la performance des participants. Cependant, le nombre d’identifications correctes est légèrement plus faible chez les seniors ayant répondu à la série de questions. Ce résultat disqualifie cette technique qui n’est pas retenue dans l’étude suivante. Celle-ci, réalisée uniquement avec des témoins âgés (de 60 à 89 ans), confirme les résultats précédents. Les participants visionnent un court film montrant un jeune homme et un homme âgé pénétrant par effraction dans une maison. Il participe ensuite à des séances d’identification des deux individus. L’exercice de tapissage n’a pas d’effet significatif sur la performance des témoins quand les deux coupables sont présents dans les parades. En revanche, il réduit les erreurs d’identification quand ils en sont absents.

La population vieillissant dans de nombreux pays, il faut s’attendre à ce que les personnes âgées soient plus souvent témoins ou victimes de crimes. Élaborer des techniques leur permettant de commettre moins d’erreurs dans les parades d’identification de suspects est un défi à relever. Une aide possible, concluent les auteurs, serait de leur donner la possibilité de s’exercer à rejeter une parade ne contenant pas un visage précis.

Références :

Malpass, R.S., & Devine, P.G. (1981). Eyewitness identification : Lineup instructions and the absence of the offender. Journal of Applied Psychology, 66(4), 482-489.

Wilcock, R., & Bull, R. (2010). Novel lineup methods for improving the performance of older eyewitnesses. Applied Cognitive Psychology, 24(5), 718-736.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de police – Mémoire – Consignes – Personnes âgées – Adultes jeunes

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Rubrique Actualités de la recherche - Parades d’identification, reconnaissance des visages et des voix

Crédit photo :

BlackpitShooting
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