Relations entre description verbale et identification d’un visage

5 avril 2007 par Frank Arnould

Une méta-analyse de trente-trois articles de recherche et regroupant un total de 4 278 participants évalue les relations entre description verbale et identification de visages.

La description verbale du malfaiteur communiquée par un témoin ou une victime est une donnée essentielle pour appréhender un suspect. Intuitivement, on imagine fort bien que des personnes capables de renseigner les enquêteurs sur les aspects physiques d’un visage devraient pouvoir ensuite l’identifier avec une plus grande aisance. Or, la littérature scientifique indique que la description d’un visage peut détériorer (effet d’ombrage verbal) ou, au contraire, faciliter son identification ultérieure. Face à des effets aussi contrastés, Christian Meissner, Siegfried Sporer et Kyle Susa ont réalisé une méta-analyse de trente trois recherches expérimentales, regroupant un total de 4 278 participants, afin de mieux comprendre les relations entre ces deux tâches.

Selon les résultats obtenus, il existe des relations significatives entre certaines mesures de la description du visage et son identification. Ainsi, plus la description est précise, plus l’identification l’est également. De plus, lorsque les témoins rapportent un plus grand nombre de détails incorrects, le visage est identifié avec moins d’exactitude. Enfin, plus la congruence (c’est-à-dire la similitude) entre la description et le visage identifié est élevée, plus l’identification est précise. Toutefois, si ces relations sont statistiquement significatives, les ampleurs d’effet sont faibles à modérées. Deux autres mesures de la description ne sont pas associées significativement à la précision de l’identification : la quantité des informations et le nombre des détails corrects.

Différents facteurs nuancent les relations entre la description verbale et l’identification. Par exemple, les associations sont généralement plus fortes dans les expérimentations qui présentent des photographies de visages. Elles sont plus faibles ou non significatives avec des stimuli plus réalistes, lorsque le visage est observé dans une vidéo ou au cours d’un événement vécu en direct. Les liens sont également plus élevés lorsque la mémoire est évaluée par un test de reconnaissance (plusieurs visages ont été étudiés et sont à reconnaître ensuite parmi des visages nouveaux) que dans une tâche d’identification par tapissage (un seul visage est à identifier). Le délai séparant l’encodage [1] de la description ainsi que celui existant entre la description et le test de mémoire modèrent également les relations entre certaines mesures de la description et l’exactitude de l’identification.

Référence :

Meissner, C.A., Sporer, S.L., & Susa, K.J. (2008). A theoretical review and meta-analysis of the description-identification relationship in memory for faces. European Journal of Cognitive Psychology, 20(2), 414-455.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Mémoire des visages, Identification, Description verbale, Ombrage verbal, Facilitation verbale.

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[1] Moment où le participant à l’expérience observe un visage et le stocke en mémoire.