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Réminiscence et témoignage : le rôle des indices de récupération

25 octobre 2006 par Frank Arnould

Lorsqu’un témoin est interrogé à plusieurs reprises, il peut se souvenir d’éléments du crime qu’il n’a pas rappelés lors des entretiens précédents. De telles réminiscences pourraient être interprétées, à tort, comme des inconsistances et jeter le discrédit sur le témoin.

Une source possible de ces réminiscences dans les témoignages pourraient être l’usage de consignes, d’instructions différentes lors des différents interrogatoires, conduisant ansi le témoin à se souvenir d’aspects du crime qu’il avait antérieurement omis. Julian Gilbert et Ronald Fisher, de l’Université Internationale de Floride (Etats-Unis), ont testé récemment cette hypothèse dans une expérience publiée dans Applied Cognitive Psychology.

Les participants de leur étude sont d’abord témoins d’un vol (présenté sous forme d’un film vidéo). Ils doivent ensuite essayer de s’en souvenir selon différentes consignes :

- un rappel libre ;
- selon l’ordre chronologique normal des événements ou bien leur ordre inverse (indice temporel) ;
- selon une autre perspective (indice spatial, par exemple, la perspective du voleur).

Quarante huit heures plus tard, les mêmes sujets sont invités à se souvenir une nouvelle fois du délit. Dans cette partie de l’expérience, les consignes sont identiques ou différentes à celles de la phase précédente. Par exemple, des sujets qui, dans un premier temps, se sont souvenu du vol dans l’ordre chronologique doivent alors se le remémorer dans l’ordre chronologique inverse (indice différent mais dans la même dimension temporelle) ou selon la perspective du voleur (indice différent mais dans la dimension spatiale).

Le premier résultat à noter est que des réminiscences sont observées chez 98 % des sujets, même chez ceux ayant participé à un test de rappel libre. Les réminiscences sont donc un phénomène courant et naturel lorsque des tests successifs sont réalisés. Elles sont un produit du fonctionnement normal de la mémoire. Cependant, les réminiscences sont significativement plus nombreuses lorsque des indices de récupération différents sont utilisés au cours des deux interrogatoires. L’hypothèse de Gilbert et Fisher est donc confirmée. De plus, les réminiscences ne sont pas liées significativement à l’exactitude générale du témoignage. Cela conduit les auteurs à estimer que ces inconsistances ne devraient pas forcément être jugées comme un manque de fiabilité générale du témoignage. A noter que dans cette expérience, 87 % des réminiscences étaient correctes (c’est-à-dire, correspondant effectivement au délit visionné).

Une conséquence possible des résultats de cette étude est d’encourager l’utilisation d’indices différents de récupération pour améliorer le souvenir d’un crime. C’est justement cette idée qui est intégrée dans l’entretien cognitif (rappel dans l’ordre chronologique normal et inverse, utilisation d’une perspective différente).

Référence :

Gilbert, J.E., & Fisher, R.P. (2006). The effects of varied retrieval cues on reminiscence in eyewitness memory. Applied Cognitive Psychology, 20, 723-739.

Mots-clés :

Interrogatoire répété, Réminiscence, Mémoire, Témoignage oculaire, Indice de récupération