Réponses forcées et souvenirs d’un crime

17 août 2009 par Frank Arnould

Témoins et victimes sont souvent interrogés à plusieurs reprises. Peuvent-ils réitérer des propos qu’ils ont été contraints de tenir ?

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Dans une expérience publiée en 2007, Kathy Pezdek et ses collègues proposent à des étudiants d’université de visionner la vidéo d’un « car jacking ». Ils sont ensuite interrogés à propos de ce qu’ils viennent d’observer. Certains d’entre eux se voient contraints de répondre à toutes les questions posées, même celles portant sur des détails inexistants. Les autres participants peuvent indiquer, le cas échéant, qu’ils ne connaissent pas la réponse ; s’ils n’utilisent pas cette possibilité, leur réponse à une question insoluble est sans aucun doute volontairement devinée. Invités une semaine plus tard à répondre à nouveau au questionnaire, toutes les personnes ont désormais la possibilité d’utiliser l’option « Je ne sais pas », pouvant ainsi ne pas maintenir leurs déclarations. Les chercheurs observent pourtant que les témoins ayant volontairement deviné des réponses aux questions insolubles les répètent plus volontiers lors du second interrogatoire que les témoins ayant été forcés d’y répondre.

Dans une nouvelle étude dont les résultats viennent de paraître, Kathy Pezdek poursuit avec ses collaborateurs l’analyse de l’effet des réponses forcées sur la mémoire d’un crime. Le principe général de l’expérience est identique à celui de l’étude précédente. Les témoins sont à nouveau contraints de répondre à des questions insolubles ou peuvent spéculer volontairement. Pour une partie d’entre eux, les réponses sont suggérées dans les questions elles-mêmes, autrement dit, par l’enquêteur. Les psychologues constatent que, dans le second interrogatoire [1], les témoins réitèrent plus volontiers les réponses forcées aux questions insolubles ayant été suggérées par l’enquêteur plutôt que les réponses forcées initialement fabriquées par eux-mêmes  [2]. Quand les réponses n’ont pas été forcées, celles ayant été fabriquées par les témoins sont aussi souvent répétées que celles ayant été suggérées par l’enquêteur.

Selon Kathy Pezdek et ses collaborateurs, il n’existe aucune donnée permettant de savoir dans quelle mesure les témoins réels d’un crime sont pressés de répondre à des questions pour lesquelles ils ont initialement indiqué ne pas connaitre les réponses. Plusieurs chercheurs pensent néanmoins que cette pratique n’est pas inhabituelle.

Références :

Pezdek, K., Lam, S.T., & Sperry, K. (2009). Forced confabulation more strongly influences event memory if suggestions are other-generated rather than self-generated. Legal & Criminological Psychology, 14(2), 241-252.

Pezdek, K., Sperry, K., & Owens, S.M. (2007). Interviewing Witnesses : The effect of forced confabulation on event memory. Law and Human Behavior, 31(5), 463-478.

Mots clés :

Crédit Photo :

Rock Alien
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Témoignage oculaire - Interrogatoire de police - Mémoire - Suggestions - Suuggestibilité - Faux souvenirs - Adultes

Site web :

Kathy Pezdek - Claremont Graduate University, Etats-Unis

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[1] De nouveau, toutes les personnes ont désormais la possibilité d’utiliser l’option « Je ne sais pas », pouvant ainsi ne pas maintenir leurs déclarations.

[2] Dans le second interrogatoire, aucune question suggérant une réponse n’est présentée.