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Retrouver des souvenirs infantiles d’agressions sexuelles : deux profils cognitifs différents

2 décembre 2008 par Frank Arnould

Certaines personnes retrouvent des souvenirs d’agressions sexuelles infantiles spontanément, d’autres au cours d’une thérapie suggestive. Ces deux formes d’expériences mnésiques s’accompagneraient de profils cognitifs différents.

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Selon les résultats d’une étude publiée en 2007 par une équipe de recherche dirigée par la psychologue néerlandaise Elke Geraerts, les souvenirs d’agressions sexuelles infantiles retrouvés spontanément après une période d’oubli sont corroborés par des preuves indépendantes aussi souvent que les souvenirs continus de tels sévices. En revanche, lorsque les personnes se souviennent de ces agressions au cours d’une thérapie suggestive, aucune preuve indépendante ne les confirme. Bien sûr, l’absence de corroboration ne signifie pas que ces souvenirs sont systématiquement faux.

Dans une nouvelle recherche, Elke Geraerts et ses collaborateurs observent que ces deux façons de retrouver des souvenirs infantiles d’agressions sexuelles s’accompagnent de profils cognitifs différents (Geraerts et al., 2009). Les participants de l’étude accomplissent deux épreuves de mémoire. La première, la tâche DRM, permet d’évaluer la susceptibilité aux faux souvenirs. La seconde permet d’estimer dans quelle mesure les personnes oublient de s’être précédemment souvenues de stimuli quand le contexte de remémoration change, autrement dit, leur propension à être sujettes à une illusion d’amnésie.

Les résultats indiquent que les personnes ayant retrouvé des souvenirs infantiles d’agressions sexuelles au cours d’une thérapie suggestive sont les plus vulnérables à la formation de faux souvenirs, mais elles n’oublient pas leurs expériences de remémoration antérieures. À l’inverse, les personnes ayant retrouvé ces souvenirs spontanément ne montrent pas de susceptibilité accrue à la formation de faux souvenirs, mais présentent une tendance plus prononcée à oublier leurs expériences précédentes de remémoration.

La compréhension des mécanismes cognitifs sous-tendant les différentes façons dont les personnes retrouvent des souvenirs infantiles d’agressions sexuelles constituerait un premier pas vers la résolution des controverses portant sur l’origine de ceux-ci, concluent les auteurs de l’étude.

Références :

Geraerts, E., Lindsay, D. S., Merckelbach, H., Jelicic, M., Raymaekers, L., Arnold, M. M., & Schooler, J. S. (2009). Cognitive mechanisms underlying recovered memory experiences of childhood sexual abuse. Psychological Science, 12(1), 92-98.

Geraerts, E., Schooler, J., Merckelbach, H., Jelicic, M., Hauer, B. J. A., & Ambadar, Z. (2007). The reality of recovered memories : Corroborating continuous and discontinuous memories of childhood sexual abuse. Psychological Science, 18(7), 564-568.

Mots clés :

Souvenirs infantiles – Souvenirs retrouvés – Faux souvenirs – Oubli – Agression sexuelle – Abus sexuel – Psychothérapie – Suggestibilité - Mémoire – Cognition – Adultes

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Crédit photo :

Sazzy B
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