Savoir raconter des histoires pour témoigner ?

3 octobre 2008 par Frank Arnould

La capacité des jeunes enfants à construire des récits autobiographiques élaborés est associée à leur résistance aux suggestions.

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Les jeunes enfants sont généralement plus sensibles aux suggestions que leurs camarades plus âgés. Néanmoins, au sein d’un même groupe d’âge, certains enfants y sont plus vulnérables que d’autres. Selon les psychologues Sarah Kulkofsky et J. Zoe Klemfuss, la capacité à construire des récits autobiographiques plus ou moins élaborés pourrait expliquer, en partie, cette disparité (Kulkofsky & Klemfuss, 2008).

En pratique, cette aptitude peut être appréhendée de deux façons en mesurant, d’une part, la qualité du récit de l’évènement faisant l’objet de l’entretien suggestif et, d’autre part, l’aptitude générale à produire des comptes rendus autobiographiques. Ces deux compétences pourraient avoir des effets différents sur le niveau de suggestibilité d’enfants d’âge préscolaire. Les deux psychologues constatent en effet que les jeunes participants [1] à leurs études produisant un récit d’excellente qualité d’un évènement spécifique résistent mieux aux questions suggestives à son propos. En revanche, les enfants racontant généralement très bien des souvenirs autobiographiques sont plus enclins à accepter une suggestion après l’avoir niée.

« Les histoires que racontent les enfants, concluent les auteurs de ces études, nous en disent beaucoup sur leur mémoire. Elles nous informent sur la force des représentations mnésiques sous-jacentes, ainsi que sur la capacité des enfants à faire du souvenir un processus construit socialement » (p. 1454, notre traduction).

Référence :

Kulkofsky, S., & Klemfuss, J.Z. (2008). What the stories children tell can tell about their memory : Narrative skill and young chidren’s suggestibility. Developmental Psychology, 44(5), 1442-1456.

Mots clés :

Témoignage oculaire - Développement de la mémoire - Suggestibilité - Récits - Langage - Cognition - Enfants d’âge préscolaire

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Crédit photo :

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[1] âgés de 33 à 66 mois dans le première étude et de 36 à 72 mois dans la seconde.