Se souvenir des raisons de nos actions

9 février 2011 par Frank Arnould

Avec le temps, nous oublions souvent les raisons de nos actions ou nous en inventons de nouvelles.

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Ce sont deux affaires de justice qui ont conduit l’équipe dirigée par Suzanne Kaasa, de l’Université de Californie à Irvine, à étudier un aspect important du fonctionnement de la mémoire, mais encore largement négligé par les chercheurs : avec le temps, nous souvenons-nous toujours des raisons de nos actions ?

Les psychologues ont interrogé une première fois un groupe d’étudiants sur les raisons à l’origine de l’acquisition récente d’un album de musique. Six mois ou un an plus tard, les participants ont répondu une nouvelle fois à l’enquête.

Initialement, les étudiants ont évoqué différentes raisons pour lesquelles ils avaient souhaité acquérir l’album. Avec le temps, la fréquence de ces réponses a baissé. Par exemple, 44,5 % des participants ont tout d’abord indiqué avoir choisi l’album à cause de l’artiste, mais 38,8 % ont donné cette explication dans la seconde enquête.

Seulement 20,7 % des participants ont fourni dans la deuxième enquête des explications complètement similaires à celles données dans la première, 29,9 % en ont oublié certaines, et 49,4 % ont évoqué de nouvelles raisons, la plupart de ces distorsions de la mémoire étant des réponses contredisant les premières.

Les personnes ayant évoqué le plus grand nombre de raisons dans la première enquête ont été celles qui en ont oublié le plus dans la seconde. L’oubli a été également plus fréquent chez les participants qui appréciaient le plus l’album de musique. Ce résultat, ont noté les chercheurs, suggère que les opinions personnelles façonnent notre mémoire.

Une partie des étudiants réinterrogés a répondu une troisième fois à l’enquête, six mois ou un an après la seconde. Les réponses ont été plus souvent similaires entre le deuxième et la troisième enquête qu’entre la première et la seconde. Ces données, ont estimé les auteurs, ont des implications très importantes dans un cadre légal.

En effet, un témoin est souvent interrogé à plusieurs reprises avant le procès. Les résultats de l’étude laissent entendre que ses premières réponses concernant les raisons de ses actions peuvent être différentes de celles qu’il va donner par la suite, mais que les déclarations qu’il fera dans les entretiens ultérieurs seront plus souvent cohérentes les unes par rapport aux autres. Par conséquent, disposer d’un enregistrement précis et complet du tout premier entretien serait crucial.

« Tout comme les souvenirs de visages ou d’actions chez les témoins oculaires, les souvenirs de nos propres processus mentaux sont sujets à des incohérences », conclue l’équipe de psychologues (p. 41, notre traduction).

Référence :

Kaasa, S. O., Morris, E. K., & Loftus, E. F. (2011). Remembering why : Can people consistently recall reasons for their behaviour ? Applied Cognitive Psychology, 25(1), 35-42. doi :10.1002/acp.1639  

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