Sommeil et témoignage oculaire

22 octobre 2013 par Frank Arnould

Qualité du sommeil et somnolence au moment du crime perturberaient sélectivement la mémoire des témoins oculaires.

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Dans un article venant de paraître dans la revue Applied Cognitive Psychology, le psychologue Craig Thorley, de l’Université de Liverpool, au Royaume-Uni, a étudié les effets du sommeil sur les déclarations de témoins oculaires.

Pour ce faire, les participants à l’expérience ont d’abord jugé leur état actuel de somnolence (envie de dormir). Puis, ils ont visionné l’enregistrement vidéo d’un braquage de banque. Après quoi, ils ont estimé la durée de leur sommeil pendant la nuit précédente ainsi que la qualité de celui-ci. Les sujets ont ensuite répondu à seize questions portant sur la scène de crime.

Pour évaluer leurs déclarations, le chercheur a calculé la quantité de détails que les sujets ont pu se remémorer, ainsi que la précision de leurs déclarations (c’est-à-dire le rapport entre le nombre de réponses correctes et l’ensemble des réponses, excepté les réponses « Je ne sais pas »). Ces mesures ont été appliquées en distinguant la mémoire des détails centraux de la mémoire des détails périphériques du crime.

Les résultats ont montré qu’aucune des trois mesures du sommeil n’a prédit la performance de la mémoire des témoins oculaires, sauf concernant la précision des souvenirs des détails périphériques : plus la qualité du sommeil de la nuit précédente se réduisait et plus le niveau de somnolence au moment du crime augmentait, plus la précision de la mémoire de ces détails se détériorait.

Pour l’auteur de l’étude, cette observation a des implications légales importantes. En effet, les erreurs commises par un témoin oculaire jettent souvent le doute sur sa crédibilité. Or, l’expérience montre que si certaines caractéristiques du sommeil perturbent la mémoire de détails périphériques, la mémoire des détails centraux du crime est, elle, préservée.

Étant donné qu’aucun participant n’a connu de nuit blanche avant d’assister au crime, l’effet d’une privation totale de sommeil sur les déclarations des témoins oculaires n’a pas pu être évalué. De plus, les témoignages ont été recueillis à l’aide d’un questionnaire, les sujets ne pouvant répondre que par « Oui », « Non » ou « Je ne sais pas », ce qui limite la généralisation des résultats. En effet, la parole d’un témoin oculaire peut aussi être recueillie à l’aide de questions ouvertes, une technique recommandée par les experts en psychologie légale, et implémentée dans différents protocoles de recueil des déclarations, comme l’Entretien Cognitif.

Référence :

Thorley, C. (2013). The effects of recent sleep duration, sleep quality, and current sleepiness on eyewitness memory. Applied Cognitive Psychology, 27(5), 690–695. doi:10.1002/acp.2938

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Mots clés :

Témoignage oculaire – Sommeil – Mémoire – Cognition – Adultes

Crédit photo :

Thomas Lieser

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