Souvenirs conformes

8 juillet 2009 par Frank Arnould

Les témoins oculaires d’un crime peuvent se suggérer des informations sur les faits. Trois processus permettraient de comprendre la contagion sociale de ces souvenirs.

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Memorial de l’attentat d’Oklahoma City, symbolisant la minute suivant l’explosion.

Le 19 avril 1995, à 9 h 2, heure locale, une bombe explose dans le bâtiment fédéral Alfred P. Murray dans le centre d’Oklahoma City, États-Unis. Le bilan est effroyable : 168 morts et plusieurs centaines de blessés. Durant l’enquête, deux employés indiquent aux inspecteurs du FBI que le suspect Timothy McVeigh était seul lorsqu’il loua le camion utilisé pour l’attentat. Un de leurs collègues, pourtant, affirme qu’un individu l’accompagnait. Les déclarations de cette troisième personne sont si convaincantes, qu’après discussion, les deux autres témoins finissent par croire que McVeigh n’était effectivement pas venu seul. Le FBI semble aujourd’hui penser que ce fameux complice était probablement un client tout à fait innocent, venu louer un véhicule un autre jour.

Les discussions sont courantes entre témoins oculaires d’un crime (Paterson & Kemp, 2006 ; Skagerberg & Wright, 2008). N’ayant pas perçu la scène de la même façon et la mémoire n’étant pas infaillible, des informations inexactes peuvent s’échanger. Plusieurs travaux récents étudient la façon dont ces erreurs se propagent et intègrent parfois les souvenirs de certains témoins.

Dans le numéro de juin 2009 de la revue Current Directions in Psychological Science, Daniel Wright, de l’Université Internationale de Floride, États-Unis, fait le point avec ses collègues sur ces recherches. Les psychologues exposent, en particulier, trois processus pouvant expliquer cette contagion sociale ou ce conformisme des souvenirs.

Un témoin peut ainsi restituer une information émise par un autre témoin parce qu’il ne veut pas lui manifester son désaccord (influence normative), en particulier si le coût social du désaccord est élevé. Il peut aussi accepter cette information parce que la confiance accordée à la mémoire de l’autre personne est plus élevée que celle attribuée à ses propres souvenirs (influence informationnelle). Enfin, certaines personnes créent de faux souvenirs à partir des informations suggérées (distorsions de la mémoire). Selon Daniel Wright et ses collaborateurs, ce processus est probablement responsable des témoignages sous influence dans l’affaire Timothy McVeigh.

Références :

Paterson, H.M., & Kemp, R. (2006). Co-witnesses talk : A survey of eyewitness discussion. Psychology, Crime & Law, 12(2), 181-191.

Skagerberg, E.M., & Wright, D.B. (2008). The prevalence of co-witness and co-witness discussions in real eyewitness. Psychology, Crime & Law, 14(6), 513-521.

Wright, D. B., Amina Memon, Elin M. Skagerberg, & Fiona Gabbert. (2009). When eyewitnesses talk.Current Directions in Psychological Science, 18(3), 174-178.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Influence sociale – Co-témoin – Mémoire des visages – Cognition - Faux souvenirs induits – Conformisme des souvenirs

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