Stress et faux souvenirs

25 janvier 2013 par Frank Arnould

Une étude révèle que le stress ne favoriserait pas la formation de faux souvenirs spontanés associatifs.

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En l’espace de quelques années, le paradigme DRM (Deese, 1959 ; Roediger & McDermott, 1995) est devenu la tâche la plus populaire dans les laboratoires de psychologie cognitive pour comprendre la formation des faux souvenirs.

Les participants soumis à cette épreuve sont invités à étudier des listes de mots. Les mots de chaque liste (p. ex., lit, matelas, sieste…) sont sémantiquement associés à un autre mot non présenté (sommeil), appelé généralement le leurre critique. Quand la mémoire des listes est ensuite testée, les sujets ont tendance à rappeler les leurres critiques ou à les reconnaitre à tort comme ayant été étudiés. Ces faux souvenirs sont spontanés, car le produit du propre fonctionnement cognitif des participants, sans aucune forme de pression ou suggestion extérieures.

Une nouvelle étude révèle que la formation de ces faux souvenirs ne serait pas influencée par le stress (Beato, Cadavid, Pulido, & Pinho, 2013). Avant de participer à une épreuve DRM, une partie des participants est soumise à un stress psychosocial aigu [1]. Pour ce faire, l’expérimentateur demande à ces sujets de discourir oralement, puis de réaliser du calcul mental devant des experts (placés derrière une glace sans tain) qui vont analyser leurs comportements verbaux et non verbaux [2]

Dans la tâche DRM, les participants doivent étudier les listes en essayant de créer une image mentale de chaque mot présenté. Ce mode d’encodage profond des stimuli est connu pour améliorer la mémoire. Les résultats montrent que les sujets stressés produisent tout autant de fausses reconnaissances des leurres critiques que les sujets non stressés (68 % et 66 %, respectivement). Le stress n’a donc pas influencé la production de faux souvenirs.

La procédure de la deuxième expérience est pratiquement similaire à celle de la première. La seule différence réside dans le mode d’encodage des listes de mots. Cette fois, les participants doivent indiquer si les mots présentés contiennent la lettre « o ». Ce mode de traitement superficiel des stimuli est connu pour son effet préjudiciable sur la mémoire. Les résultats montrent encore que les sujets stressés et non stressés ont produit un niveau comparable de fausses reconnaissances des leurres critiques (63 % et 62 %, respectivement).

En résumé, quel que soit le mode de traitement des mots étudiés (profond ou superficiel), le stress n’influence pas la formation de faux souvenirs spontanés associatifs. Toutefois, les auteurs de ces expériences ont identifié deux autres études portant sur l’effet du stress sur les illusions mnésiques associatives. L’une de ces études conclut également à une absence d’effet. L’autre, au contraire, indique que le stress rend la mémoire plus vulnérable à cette forme de faux souvenirs. Les chercheurs n’ont cependant pas réussi à déceler l’origine de ces résultats contradictoires.

Références :

Beato, M. S., Cadavid, S., Pulido, R. F., & Pinho, M. S. (2013). No effect of stress on false recognition. Psicothema, 25(1), 25-30. doi:10.7334/psicothema2012.158. Accès libre en ligne.

Deese, J. (1959). On the prediction of occurence of particular verbal intrusions in immediate recall. Journal of Experimental Psychology, 58(1), 17-22.

Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating false memories : Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition, 21(4), 803-814. doi:10.1037/0278-7393.21.4.803

Mots clés :

Faux souvenirs associatifs – Paradigme DRM – Niveau de traitement – Stress – Émotion – Cognition – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

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Courosa
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[1] Trier Social Stress Test.

[2] L’induction du stress a fonctionné, puisqu’elle s’est traduite objectivement par une augmentation du rythme cardiaque et subjectivement par un niveau d’anxiété plus élevé chez les participants stressés par rapport aux participants non stressés.