Stress et mémoire chez de très jeunes enfants

23 juillet 2009 par Frank Arnould

Les nourrissons pourraient se souvenir d’une expérience stressante, mais pour une période de temps limitée.

PNG - 43.1 ko
Les bébés peuvent-ils se souvenir d’évènements déplaisants ?

L’influence du stress sur la mémoire des enfants est sujet de recherches et de débats en psychologie légale. Pour des raisons éthiques évidentes, il est exclu de soumettre de jeunes participants à des situations expérimentales de stress extrême similaire à celui rencontré dans les affaires judiciaires. Les chercheurs usent alors de subterfuges. Certains d’entre eux, par exemple, analysent les souvenirs d’actes médicaux particuliers, vécus comme étant émotionnellement pénibles par les enfants.

Cette méthode a permis à une équipe suédoise, dirigée par Torun Lindholm, de constater que des nourrissons, âgés de 12 à 78 semaines, peuvent se souvenir d’un évènement stressant, mais pour une période de temps limitée. Ces bébés avaient été admis en urgence à l’hôpital pour des problèmes respiratoires. Des inhalations de salbutamol, un bronchodilatateur, avaient été administrées à certains de ces jeunes patients. Cette procédure thérapeutique est stressante, mais pas douloureuse.

Une semaine après le traitement, les chercheurs observent que les nourrissons, essentiellement les plus âgés d’entre eux, manifestent des réactions de détresse s’ils sont de nouveau confrontés au matériel médical utilisé pour les inhalations (masque, bruit émis par le tube à oxygène). En revanche, ces manifestations disparaissent au bout de six mois, les bébés semblant avoir oublié l’épisode stressant.

Ces résultats ne devraient pas être généralisés aux souvenirs de procédures médicales doluloureuses. Les auteurs rappellent que les stimuli nociceptifs provoquent une sensiblité accrue des nourrissons à la douleur pouvant perdurer plusieurs mois, voire plus (p. 205). Les souvenirs préverbaux d’évènements stressants seraient donc d’un type différent des souvenirs de la douleur (p. 214.)

Référence :

Lindholm, T., Sjoberg, R. L., Pedroletti, C., Boman, A., Olsson, G. L., Sund, A., et al. (2009). Infants’ and toddlers’ remembering and forgetting of a stressful medical procedure. Journal of Pediatric Psychology, 34(2), 205-216.

Lectures supplémentaires :

Howe, M.L., Goodman, G.S., & Cicchetti, D. (Eds). (2008). Stress, trauma, and children’s memory development. Oxford : Oxford University Press. Ouvrage collectif faisant le point sur les aspects cognitifs, neurobiologiques, cliniques et légaux des relations entre stress, traumatisme et mémoire chez l’enfant.

Rovee-Collier, C., & Cuevas, K. (2009). The development of infant memory. In M.L. Courage & N. Cowan (Eds.). The development of memory in infancy and childhood (pp. 11-41). Hove : Psychology Press. Une synthèse récente des travaux sur le développement de la mémoire chez le nourrisson.

Mots clés :

Stress - Emotion - Mémoire à long terme - Cognition - Nourrissons

Crédit photo :

Gato Azul
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)